« Maladie de la Jeunesse » de Philippe Baronnet à la Tempête.

17 janvier 2016 Par David Rofé-Sarfati | 0 commentaires

Ferdinand Bruckner moins de dix ans avant « Le Monde D’hier » de Zweig, écrit inquiet le délitement de la civilisation allemande et le nationalisme grignotant toute pensée pour la remplacer par le vide. Stephan Zweig désenchanté se suicidera en 42 en absorbant du Vénoral. Moins connu que Stephan Zweig, Bruckner signe en 26 sa première pièce La maladie de la jeunesse. Une troupe de jeunes comédiens s’est emparée de l’œuvre pour rendre compte d’une histoire qui semble aujourd’hui se répéter.

 

La jeunesse des années 20 en Allemagne ressemble à toutes les jeunesses. Celle de Bruckner est une jeunesse de carabins. Elle est le lieu des expériences. On y développe un goût pour la philosophie de Nietzche, pour la drogue et l’alcool. C’est aussi le moment des expériences sentimentales, de la confusion des sentiments. Tout est possible car incertain. C’est Andromaque : Oreste aime Hermione, mais elle aime Pyrrhus, qui aime Andromaque, qui aime encore Hector. La mort fascine. On discute euthanasie et autolyse. On brasse le meurtre et le suicide. On s’intéresse au Véronal.

Attaquée de toute part par une chute des idéaux et des repères comme  indice de la fin de la jeunesse mais aussi de la montée des fascismes, cette jeunesse combat à garder en elle vivante le souffle du désir et de l’aventure.  Puis l’heure vient de rentrer dans la vie active. Les masques tombent. Les égoïsmes se montrent, les compromissions sont consommées. Si au premier acte on a pu s’ennuyer un peu à voir cette bande d’ados indisciplinés capricieux et inconséquents, le magnifique tchékhovien dernier acte nous dédommage. La troupe noue nos gorges par une émotion entre tristesse et chagrin. La pièce est certainement une des plus bouleversantes donnée à voir. Elle finira par une mise en scène de la pire noirceur de nos destins. La maladie de la jeunesse a emporté quelques êtres et illusions. La pièce finira sur le repas fraternel et poli des survivants.. La dernière scène est sidérante; elle est étrange et pourtant si familière et véritable.
Un personnage clame : la jeunesse, c’est l’unique aventure de notre vie. Clémentine Allain, Thomas Fitterer, Clovis Fouin, Louise Grinberg, Félix Kysyl (déjà repéré dans l’excellent Madame Bovary), Aure Rodebour (étonnante à défendre une proposition difficile) et Marion Trémontels portent cette parole avec beaucoup de talent. Nous sommes attrapés par ces questionnements de l’idéal et du chaos, de notre actuel.

Cette maladie de la jeunesse en ce qu’elle est endroit de la chute des repères moraux et sociaux ne sera pas au final un renoncement. Philippe Baronnet signe une mise en scène juste et une direction d’acteurs rigoureuse. Il nous propose de découvrir le magnifique texte de Bruckner. Profitons en.

MALADIE DE LA JEUNESSE
de Ferdinand Bruckner
mise en scène Philippe Baronnet
traduction Henri Christophe, Alexandre Plank
(coédition Les Théâtrales / Maison A. Vitez)

avec
Clémentine Allain
Thomas Fitterer
Clovis Fouin
Louise Grinberg
Félix Kysyl
Aure Rodenbour
Marion Trémontels

scénographie Estelle Gautier
lumière Lucas Delachaux

Visuels : ©Olivier Allard


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