« Lotissement », une mise en scène en demi-teintes du texte de Frédéric Vossier

21 janvier 2016 Par Audrey Chaix | 0 commentaires

Dans un lotissement anonyme, en bordure de plage et de forêt, un homme, André, installe chez lui sa maîtresse, Patricia, une femme plus jeune que lui. Leur relation se développe sous le regard voyeur et dérangeant du fils d’André, qui s’entoure d’écrans pour s’isoler et filmer en cachette les scènes entre son père et la jeune femme. Dans l’obscurité de la salle, une voix féminine lit les didascalies, comme pour mieux incarner la distance que crée la mise en scène entre le plateau et le public. Avec Lotissement, Tommy Milliot signe une proposition en clair obscur, qui offre de très beaux moments aux spectateurs, mais qui manque toutefois d’un geste incarné pour atteindre une dimension supérieure.

La mise en scène est très sobre, minimaliste même : sur le plateau, un grand carré, matérialisé par du scotch blanc collé au sol, figure la maison du lotissement dans laquelle évoluent les trois personnages, comme trois rongeurs dans une cage. Des néons blancs constituent un éclairage qui se fait parfois aveuglant, éblouissant le spectateur lorsqu’il se rallume après un noir. Des chaises sur les bords du plateau, une caméra dans un coin, un micro, et un écran : rien de plus, comme pour mieux mettre en avant les corps des trois personnages.

C’est sans doute pour cela que l’on regrettera que les trois comédiens n’habitent pas plus leurs personnages. Loin d’être déshonorante, leur performance n’atteint pas la force qu’il faudrait donner à cette confrontation entre les trois protagonistes, ce huis clos dont la tension repose entièrement sur les frictions qui naissent dans les gestes et les non-dits, dans un regard ou un soupir.

On quitte donc la salle avec un sentiment d’inachevé, malgré la force de la dernière scène, qui reste gravée à l’esprit. Comme s’il s’en était fallu de peu pour que ce Lotissement nous entraîne vraiment dans ce triangle toxique, où ce qui compte vraiment est tout ce qui l’on choisit de taire.

Photos : © Alain Fonteray et A. Donadio


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