LORENZO MALAGUERRA & JEAN LAMBERT-WILD NOUS LIVRENT LE quatrième CARNET DE BORD DE LEUR CREATION « ROBERTO ZUCCO » EN CORÉE

7 septembre 2016 Par admin | 0 commentaires

Pendant plusieurs semaines, le directeur du Théâtre du Crochetan Lorenzo Malaguerra et Jean Lambert-wild, le directeur du théâtre de l’Union – Centre Dramatique National du Limousin, nous font l’amitié de partager avec nous les carnets de bord de leur prochaine création, Roberto Zucco qui aura lieu en septembre, en Corée au Myeongdong Theater avec la troupe de la Compagnie National de Théâtre de Corée (NTCK). Quatrième volet :Qui es-tu Roberto Zucco ?

Voilà une question en vis sans fin. Qui est cet homme, le seul personnage de la pièce ayant un nom ? Ce nom qui est d’ailleurs pour lui une obsession. Ce nom qu’il ne peut dire car s’il le prononçait il en mourrait. Ce nom qu’il doit répéter sans cesse pour ne pas l’oublier. Ce nom qu’il n’arrive plus à lire et qui emporte avec lui sa mémoire. Qui est-il, cet être qui se veut transparent, aussi transparent qu’une vitre ou qu’un caméléon sur une pierre ? Est-il le produit d’une société devenue folle ? Un irresponsable transformé en tueur par la violence du monde ? Un martyre de la société prisonnier de son hagiographie ? Bien sûr nous savons que Bernard-Marie Koltès s’est inspiré de Roberto Succo, le tueur en série Italien qui sévit en France et en Suisse d’avril 1987 à février 1988 et pour qui il sembla avoir une grande fascination. Qui es-tu Zucco ? Es-tu un Chronos dévorant le monde ? Ou comme le dit Koltès « un personnage mythique, un héros comme Samson ou Goliath, monstres de force, abattus finalement par un caillou ou une femme » ? Qui es-tu ? Un assassin psychopathe ? Un séducteur halluciné ? Une bête furieuse et sauvage ? Un train qui a déraillé ? Une voiture qui s’est écrasée au fond d’un ravin ? Un hors norme ? Es-tu comme le dit Koltès « Un assassin automatique » ? Une figure de la transgression sociale ? Un héros marginal impulsif et sans aucune pitié défiant la société ? Ou alors peut-être es-tu un Icare meurtrier fasciné par le vol libre des oiseaux ? Un hippopotame de chair tremblante ? Un fou épris d’une telle volonté de puissance qu’il peut s’imaginer faire l’amour avec le soleil ? Un corps sans identité, morcelé, qui va de la plus grande démesure à la plus naïve douceur ?
Ce qui est certain, c’est que tu te dérobes à toute logique, à toute rationalité, à tous raccourcis psychologiques. Il y a trop de lumière en toi pour que tu sois visible et capturé par une seule vérité. A moins, et nous en faisons l’hypothèse, que tu ne sois qu’un virus ! Une saleté de virus mortel ! Une unité matérielle indépendante, accomplissant ce pourquoi elle est programmée et qui pour exister doit infecter une cellule hôte afin de jouir de sa machinerie pour subsister. Un parasite intracellulaire obligatoire pour lequel il n’y a pas de vaccins. Tu ne serais donc pas un être vivant mais une association monstrueuse de molécules biologiques issues de la même soupe primordiale que les hommes. Mais toi, tu aurais évolué parallèlement à nous. Tu serais un être très ancien et diaphane qui infecterait ce monde épuisé qui n’a plus les moyens de se défendre. Tu serais le vecteur naturel de notre haine, de notre animosité prédatrice. Un virus apocalyptique attaquant une société dont les défenses immunitaires ne peuvent plus discerner le soi du non-soi. Et ton pouvoir pathogène serait si important que la fièvre morbide que tu provoques deviendrait au dernier stade une surchage érotique. Zucco est un virus ! Peut-être l’image miroir de ce virus qui dévora Bernard-Marie Koltès et que celui-ci enferma dans une dernière pièce à la beauté fabuleuse.

Lorenzo Malaguerra et Jean Lambert-wild


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