« L’irrésistible ascension de Monsieur Toudoux! », la revanche du père ridicule.

11 mai 2016 Par David Rofé-Sarfati | 0 commentaires

Dimitri Klockenbring met en scène une nouvelle adaptation de trois pièces courtes de Feydeau où le couple Toudoux affrontent comme ils peuvent les enjeux d’une vie, de l’accouchement dans « Madame Léonie est en avance », de la difficulté à élever et des châtiments corporels dans « On purge bébé », de la pudeur à l’adolescence de Toto dans « Mais n’te promène donc pas toute nue ».

Georges Feydeau nait à Paris le 8 décembre 1862. Il est le fils présumé de l’écrivain Ernest Feydeau. Sa mère lui aurait révélé qu’il était le fils de Napoléon III tandis que d’autres sources indiquent qu’il serait le fils du demi-frère de l’Empereur, le duc de Morny. Le petit Georges démarre sa vie très préoccupé par la question du père. A 7 ans il perd sa candeur lorsque son père devient hémiplégique. Dans un mariage d’amour qui deviendra très vite un échec, il devient lui-même père d’une fille et de trois fils. Père déficient, noctambule triste, il pratique le jeu, la cocaïne et trompe sa femme. Cocu à son tour, il divorcera. A 58 ans il meurt après un séjour de deux ans dans une maison de santé suite à des troubles psychiques. Il aura écrit prés de 40 vaudevilles.
Si « Le fabuleux destin de Monsieur Toudoux » met en scène la vie de Toto, l’enfant n’est que le pivot des questions intimes de André Toudoux/Feydeau : qui est le père, à quoi sert il, peut on en être vraiment un et comment? Questions si actuelles.
Dimitri Klockenbring saisit la pièce de Feydeau par ce brin là et ça marche. La description de la médiocrité humaine prise entre demande de gloire et demande d’amour est conservée. Cependant la mise en scène est moderne, le décor hors temps, les habituelles pitreries vaudevillesque sont émoussées, on s’intéresse avant tout à la question obsédante qui traverse toute l’intrigue, y-a-t-il un père. Nicolas Lumbreras est ce père multi-déficient. On croise dans son personnage d’André Toudoux un père anti héros qui malgré lui réussit professionnellement, un père défaillant qui n’ose se déclarer ou un père permissif asphyxié par sa femme. Il crée un Monsieur Toudoux extraordinaire, enfantin pitoyable ridicule mais attachant. Ce père pluriel est par ailleurs systématiquement écrasé par la femme. Un aspirateur conduit par un valet efféminé (rappel de la bisexualité de Feydeau) couvre la conversation de Mr Toudoux et du colonel. Le tableau de Delacroix du dernier acte, allégorie féminine de la république escamote Clemenceau, président volontaire et fort, figure paternelle. Dans le rôle des femmes fortes et volontaires, Bernadette Le Saché est une magnifique belle-mère sadisante et Juliette Poissonnier (vue cette saison à la Tempête dans une belle performance dans Le Bizarre Incident du chien pendant la nuit) vient elle aussi avec talent et une gouaille aboutie disqualifier le pauvre André Toudoux.
Ce pauvre père attaqué par toutes ces femmes demande réparation. Il l’obtiendra à travers une revanche sociale et par la force de la comédie. Car la pièce est avant tout hilarante. La satire sociale se double de la description succulente d’une névrose familiale accomplie. La scène avec aspirateur -scène de ménage!- est applaudie par le public. Romain Francisco (coupable de la scène désopilante de l’aspirateur), Emilie Cazenave (Madame Toudoux agaçante de mauvaise foi) et Yvan Garouel (Colonel psychorigide piégé) participent de leur talent à cette construction.

Par l’éclat de rire, Feydeau a revisité la place du père. Dans ces pas, Dimitri Klockenbring touche son but et nous donne l’occasion de rire, de soulager un peu le poids de nos travers humains et de la carence du père.

Crédit Photos © Cie Théâtre de l’Homme
Avec
Emilie Cazenave Julie Toudoux,
Romain Francisco Clément / De Jaival,
Nicolas Lumbreras André Toudoux,
Bernadette Le Saché, Mme de Champrinet / Mme Chouilloux,
Yvan Garouel, Colonel Chouilloux,
Juliette Poissonnier, Mme Virtuel / Toto

D’après Léonie est en avance, On purge bébé, Mais n’te promène donc pas toute nue de Georges Feydeau, Adaptation Dimitri Klockenbring. Scénographie Charles Chauvet et Dimitri Klockenbring, Costumes Charles Chauvet, Lumières Xavier Lescat, Chorégraphie Sophie Mayer

Production le Théâtre de l’Homme, avec le soutien d’Arcadi Île-de-France, de l’Adami, de la Spédidam, du Théâtre de Chair et la participation artistique du Jeune théâtre national. Remerciements à Gaëtan Peau, Christian Sénat, Véronique Septier et aux Laboratoires d’Aubervilliers. Spectacle créé en collaboration avec le Théâtre 13.


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