L’impossible Richard III de Thomas Jolly

15 janvier 2016 Par Christophe Candoni | 3 commentaires

Après le triomphe d’Henri VI et ses 18 heures de représentation marathonienne, Thomas Jolly ressort la grosse artillerie et signe un Richard III mégalo-démago comme conclusion péniblement lourdingue à son cycle shakespearien. Une caricature de lui-même.

C’est donc reparti pour un théâtre hyper vieillot et velléitaire où la nuance et la pensée ne sont malheureusement pas de mise. Tous les défauts, les clichés, les faiblesses, les outrances, observés dans l’interminable saga présentée notamment au Festival d’Avignon puis à l’Odéon-Théâtre de l’Europe réapparaissent dans ce dernier opus, mais en plus ostentatoires, comme maximalisés par le confort du succès et le contentement de soi.

La pièce de Shakespeare se trouve donc noyée sous une multiplication d’effets visuels et sonores propres à déployer un univers pseudo-barock très kitsch, très démonstratif, avec puissants rais de lumières qui transpercent l’obscurité tenue et bande-son tonitruante… une grandiloquence qui relève autant de la mise en scène d’opéra dans sa forme la plus éculée que du blockbuster hollywoodien boursouflé.

Rivalisant avec la scénographie criarde et hideuse, les acteurs braillent, hurlent et ne parviennent à faire entendre la beauté et la force du texte, encore moins ses enjeux, qu’ils survolent et déclament comme dans les temps les plus révolus.

Pour autant, cette pitance indigeste gave et grise les foules hystériques. Le public n’hésite pas à chanter et taper dans les mains complaisamment pour partager la félicité de Richard lors de son couronnement. Il cède ainsi à la terrible rhétorique d’un geste qui indique, appuie, surligne tout (avec pancartes suspendues et auto-citations filmiques des épisodes précédents, comme à la télévision !). Ce théâtre-là se veut généreux mais il sature, impose, accule et n’offre pas le moindre espace pour réfléchir, s’émouvoir, s’évader, rêver.

Pas très bon acteur, Thomas Jolly se distribue dans le rôle-titre. Paré d’une crête et de longues plumes comme pour mieux faire son coq, il en livre la version la plus ridicule et adolescente jamais vue ni même imaginée. De Richard III, qui attire autant qu’il répugne, il ne possède ni la monstruosité ni la séduction. Sans charme ni épouvante, Richard est hélas bien peu de choses. Que dit le jeune metteur en scène du personnage, de sa soif de grandeur, de son ascension fulgurante, de sa chute sans merci, de sa propension au mal, de son pouvoir de fascination ? Rien. Dommage avec tant de ressources. Preuve que son battage scénique est vain et qu’il ne sert l’œuvre mais la réduit voire l’annihile.

Dernièrement, Thomas Ostermeier en livrait une version explosive et justement pleine d’ambivalences. On attend avec impatience celle d’Ivo van Hove qui, habitué à interroger les grandes figures de leaderships dans l’exercice du pouvoir comme dans la sphère privée, proposera bientôt à Chaillot sa lecture très contemporaine et beaucoup plus concise des pièces retraçant la guerre des Deux-Roses. A l’opposé d’une lecture capable d’interroger notre rapport politique et humain au monde d’aujourd’hui, Thomas Jolly, lui, donne dans l’entertainment avec marketing forcené et batteries de produits dérivés. Il l’assume, le revendique. Quel mépris, quelle méprise que ce prétendu théâtre populaire. Tout cela pour quoi ? « Beaucoup de bruit pour rien » pour paraphraser le grand Will.


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COMMENTAIRES:

  1. spt31

    Bonsoir, ayant vu la pièce pas plus tard qu’y hier, et ayant rencontré 3 des nombreux comédiens, je peux vous assurer malgré cette critique nauséabonde qui n’est là que pour être vu et qui est d’une « pitance indigeste », que l’adaptation de Thomas Jolly est fabuleuse. 4h30 qui passent très vite, qui passent trop vite, avec certes de nombreux jeux de lumière, de nombreux effets, mais qui ne rendent pour le moins pas le spectacle  » vieillot et velléitaire « . La troupe nous entraîne avec elle, nous dévoile d’un nouvel œil le théâtre shakespearien, nous fait redécouvrir un vieux classique. Cette adaptation joué à merveille ne peut être qu’appréciée et enviée, avec de prodigieux comédiens et un fantastique Richard III (Thomas Jolly) que l’on apprécie malgré son rôle de tyran nous démontre à quel point il est facile de tomber sous le charme d’une si cruelle personne. Si vous ne l’avez pas encore fait, achetez vos billets! En espérant que la magie vous transporte vous aussi, bon spectacle!!
    Une spectatrice charmée

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