« L’humanité, tout ça, tout ça » de Véronique Essaka de Kerpel

16 février 2016 Par David Rofé-Sarfati | 0 commentaires

Au temps de tous les fantasmes, certitudes et a priori, il est salubre que le théâtre se saisisse de la question des migrants.

Note de la rédaction :

Alors qu’elle prépare les cartons de son déménagement, une femme manifestement désinvolte retrouve quelques objets de son enfance. Lui reviennent à la mémoire sa petite enfance, la guerre, l’assassinat du père et du frère, la fuite, l’émigration avec sa mère, le périple vers l’Europe, la mendicité et la prostitution. Elle se souvient qu’elle est venue d’ailleurs.
Au milieu de ses cartons elle nous raconte qu’elle a été carton elle-même, un paquet à la merci du jeu des passeurs. La scénographie soutient le propos de cette lente et dure lutte pour le statut d’être humain, de sujet s’extrayant des cartons. Cette femme se souvient combien  enfant, elle avait désiré cette poupée aujourd’hui remisée dans un carton.

Extraits : je vois le monsieur me casser la jambe avec le marteau, maman pleure, c’est obligé dit le Monsieur, c’est comme ça qu’on a des pièces de sous dans la France. … Maman elle dit on est dans la France. Je crois que Maman est contente. Maintenant tu donnes les billets de sous, dit le Monsieur. … Moi je pense pas, je regarde les pigeons, je regarde les poissons, je regarde les chaussures, je pense pas.

Le débat sur les migrants est actuellement bouché par une généralisation qui gomme tout. L’effet de masse rejette loin de nous ce qui dans ces foules parle de nous. Il est commode de ne pas voir dans cette masse une addition de milliers d’individus avec leur parcours, leur destin, leur espérance et leur désir, à chacun différent. En substantivant ces obligés au périple, on en a retiré dans nos imaginaires l’historicité et surtout l’humanisation. Cette petite fille avec sa poupée fait retour dans notre imaginaire d’une autre réalité celle de l’humanité tout ça tout ça. Sanda DROUMAGUET tient sa proposition d’une petite fille courageuse et effrayée. Véronique ESSAKA-DE KERPEL, la metteuse en scène réussit à amener le spectateur dans un monde entre imaginaire et réalité, où personne ne se reconnaît vraiment, mais où tout le monde peut se sentir touché, pour faire fleurir chez eux et l’empathie et le questionnement. La pièce est un conte, conte pour enfants, conte au coin du feu, conte africain.
Ludovic Goma dans une fosse en avant-scène accompagne la comédienne de mélodies improvisées il s’aide de sanza (piano à pouce), maracas, cymbales, xylophone, cloche tibétaine, tambourin, ngoma (percussion). Son travail sur le texte de Mustapha Kharmoudi, est impressionnant. Goma est musicien, scénographe et aussi chorégraphe. Sa musique fait résonner le texte et les mouvements de la comédienne. C’est magique. La pièce devient une berceuse humaniste.

Nous sommes ravis et Sanda Droumaguet aura réussi à remplacer un imaginaire par un autre.

Auteur : Mustapha Kharmoudi
Artistes : Sanda Droumaguet, Ludovic Goma
Metteur en scène : Véronique Essaka-De Kerpel


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