« Les Vagues » de Virginia Woolf dans une magnifique et inspirée adaptation théâtrale.

23 septembre 2016 Par David Rofé-Sarfati | 0 commentaires

Six amis sont réunis pour un repas autour de l’absence de Perceval. Leurs voix recomposent le récit de leur propre biographie, de l’enfance à l’âge mûr. Ces monologues intérieurs dont les motifs et les courbes se succèdent et s’entrecroisent, composent la variation continue des Vagues.

Percival est-il mort déjà ou est-il encore vivant en route pour les Indes où il mourra, peu importe à nos six amis si Percival est déjà mort ou pas. Car le texte de Virginia Woolf parle d’un déjà là. Du deuil aussi bien sûr.

Les six amis sont réunis autour d’une table entre nature morte et décor bucolique, entre nature bourgeonnante et feuille arrachée condamnée à faner, entre vin vieux et relief de repas fini depuis déjà longtemps. L’ensemble de la scénographie s’axe autour de cette table de fête et de cérémonie d’une cérémonie religieuse où chacun à son tour louera le mort et la vie, dans une homélie et une bénédiction.

Le roman très singulier de Virginia Woolf désarçonna la critique lors de sa parution ; elle inaugurait son style le plus personnel, le plus lyrique, un style tendre et triste, un style élégiaque et mystérieux. Le roman alterne du narratif et du poétique, de l’aveu intime avec de la nature décrite telle qu’elle décrit par retour comme poésie et comme muse de l’écrivaine et le présent et le passé dans une description hors temps.

Le génie de l’adaptation de Pascale Nandillon et de Fréderic Tétart consiste à l’emploi de vidéo en direct, captation opérée durant la représentation par Tétart lui-même et projetée fond de scène. Très loin du ratage des Damnés de Ivo Van Hove, la vidéo s’inclut dans l’exploit dramatique comme une autre voix, un autre propos, un discours différent, un septième ami. Si la tache semblait redoutablement dangereuse de s’attaquer à l’adaptation du roman ardu de Virgina Woolf, le talent des comédiens, et les choix de mise en scène (pénombre,cadres pliant et dépliant l’espace, vidéo) embrassent l’ambition avec succès. Nous sommes au plus près de la pensée de l’écrivaine, de son combat contre le temps qui passe et contre l’angoisse qui est déjà là. Cette inquiétude de l’auteure comprime l’espace et le temps tandis que le texte ouvre sans cesse au sein d’une extraterritorialité sacrément jubilatoire. Hors champ la respiration régulière et sereine des vagues, pendules du monde.

Une pièce précieuse, à découvrir avant de lire ou de relire Virginia Woolf.

 

Une création de l’Atelier hors champ Adaptation du roman de Virginia Woolf Traduction Marguerite Yourcenar Conception et réalisation Pascale Nandillon et Frédéric Tétart Avec Serge Cartellier, Nouche Jouglet-Marcus, Jean-Benoit L’Héritier, Aliénor de Mezamat, Sophie Pernette, Nicolas Thevenot


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