Les six personnages en quête de théâtre de Tiago Rodrigues

7 juin 2016 Par Amelie Blaustein Niddam | 0 commentaires

Voilà c’est fini. Le 12 juin l’Occupation de Tiago Rodrigues au Théâtre de la Bastille s’arrêtera. Mais le directeur du Théâtre National du Portugal a eu a une idée folle pour nous dire au revoir : imaginer que le 6 juin 2036 six comédiens, six occupants, six résistants sont là encore là, alors que les néons du Théâtre de la Bastille s’effacent peu à peu. Qu’est ce qui fait que l’on se souvient d’une pièce alors ? Bonne question.

Donc depuis 68 jours le metteur en scène créé avec une troupe composée de comédiens, des salariés du théâtre et des spectateurs. 68 jours pendant lesquels les murs du théâtre ont été placardés de mots d’anonymes et de signatures.  On eut lire un texte d’Annie Emaux : « Il y a peu de textes où je n’évoque pas des chansons, parce-qu’elles jalonnent toute ma vie et que chacune ramène des images, des sensations, une chaîne proliférant de souvenirs et le contexte d’une année. « La lambada » de l’été 1989, « I will survive » de 1998, « Mexico » et « Voyage à Cuba » de 1952. Ce sont des « madeleines » à la fois personnelles et collectives ».

Sur scène, c’est l’apocalypse, il y a eu des morts, il y a même un squelette qui tient une poursuite. Six chaises disparates sont posées en rang d’oignon. Un frigo, un piano, un vieil ordi… Prévert en aurait fait un poème. Ou Shakespeare un sonnet, le trentième, que Tiago Rodrigues avait fait apprendre à tout un public pour que même dans l’aveuglement ou l’exil l’on puisse emmener un texte avec soi.  Avec Je t’ai vu pour la première fois au Théâtre de la Bastille.  L’Occupation n’a jamais cessée, elle dure depuis vingt ans. Mais le monde autour a changé. La dictature règne en France, la place de la République est devenue la place des Oligarques.

Alors, Jacques Bonnaffé, Miguel Borges, Raquel Castro, David Geselson, Grégoire Monsaingeon, Alma Palacios, vont poser une question : « Il y a t-il de nouveaux projets ? » Le jour où il n’y en aura plus, l’occupation sera finie. Rodrigues pose lui toujours la même question : comment faire survivre le théâtre. Il impose la mémoire comme garde fou et demande à ses comédiens, tout comme dans la pièce de Pirandello, de faire théâtre dans le théâtre. De rejouer le match, avec cette idée que l’on se souvient plus des accidents que des réussites. On pense reconnaître une représentation d’Antoine et Cléopâtre, mais ici, l’actrice fait un malaise.

Rodrigues  fait peut être sans le vouloir vraiment son entrée dans le clan de ceux qui mettent le théâtre en abyme. La liste est longue de La mouette de Tchekhov à en ce moment, A bien y réfléchir, et puisque vous soulevez la question, il faudra quand même trouver un titre un peu plus percutant des 26000 Couverts.

Jacques Bonnaffé fait le clown, David Geselson ère,  Raquel Castro  travaille son français,  Grégoire Monsaingeon pose des questions sérieuses, Miguel Borges remue pour continuer à vivre, Alma Palacios parle cannibalisme avec aplomb….

Le tout signe une fin parfaite à un projet dantesque. Une résistance rare.

Visuel : ©Tiago Rodrigues


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