Les justes, de Camus, au Lucernaire

11 juillet 2008 Par marie | 1 commentaire

Au Lucernaire (Paris 6e), jusqu’au 23 août, HUman Kosmoz Compagnie présente Les Justes, le texte d’Albert Camus. Un grand texte porté par des acteurs talentueux.

L’Organisation prépare un attentat contre le Grand Duc. Yanek, nouveau dans le groupe, est désigné pour lancer la bombe. Stepan, bagnard tout juste évadé, doute de la force, des convictions de son « frère » : Yanek aime trop la vie, c’est un poète, pas un terroriste. A tant parler d’amour, il devrait remplacer les attentats par la charité. Stepan, lui, ne réclame qu’une chose, la Justice. Et pour cela, il estime que la Révolution justifie tout, la mort du Grand Duc, comme celle de ses deux enfants. Ces dernières sont d’ailleurs nécessaires, pour qu’après eux, des êtres tout aussi innocents ne meurent pas de faim. (« […] si vous ne doutiez pas qu’alors, l’homme, libéré de ses maîtres et de ses préjugés, lèvera vers le ciel la face des vrais dieux, que pèserait la mort de deux enfants ? ») Ses compagnons d’armes en doutent. Peut –on combattre le despotisme par le despotisme ? Ne trahit-on pas la cause en tuant des innocents du peuple pour laquelle justement on se bat ? A destination de qui Dora, l’unique femme du groupe, Sœur Courage entre tous  cachant une mélancolique amoureuse, fabrique-t-elle ces bombes ? Les vivants ou les générations à venir ?

« En février 1905, à Moscou, un groupe de terroristes, appartenant au parti socialiste révolutionnaire, organisait un attentat à la bombe contre le grand-duc Serge, oncle du tsar. Cet attentat et les circonstances singulières qui l’ont précédé et suivi font le sujet des Justes. » écrit Camus dans la préface des Justes. La pièce n’a rien gardé de plus que le sujet ; nulle mention ni de lieu ni de temps dans la mise en scène d’Antoine de Staël : point de décor, les comédiens sont vêtus de kimonos noirs ou blancs, et, pour brouiller les pistes plus encore, les femmes sont des hommes… et vice et versa. Ne reste que la force des questions de Camus véhiculées par le jeu et les chants des acteurs : Peut-on concilier amour et révolution ? Que reste-t-il de la justice devant la souffrance de la Grande Duchesse ? Et quand bien même ?

Quand bien même… Comme le Dr Rieux soigne au milieu des pestiférés, sans connaître la cause ni la fin de l’épidémie, Yanek, qui n’a guère plus de chance de salut, ne peut que se révolter… « Un jour, un jour » chante le poète tandis que de son côté, Camus songe à Sisyphe heureux. Soixante ans après la genèse de ce texte, derrière le « mourir pour des idées ? » reste le « Que faire ? »…

Les justes, Lucernaire, 19h, jusqu’au 23 août, 1h15, 53, rue Notre Dame des Champs, Paris 6e, M° Notre Dame des Champs, 01 45 44 57 34, TP ; 23 euros, TR : 17,5 euros.

 

 


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