Les Dieux en plein délire ou Les fureurs d’Ostrowsky

10 mars 2016 Par Marianne Fougere | 0 commentaires

Dans un spectacle jouissif et d’une intelligence en toute drôlerie, Gilles Ostrowsky et Jean-Michel Rabeux se réapproprient de manière clownesque et créative,  l’Orestie, allegro furioso.

2931453475257

« Vous allez pouvoir vous glisser dans la salle au moment où il introduit les enfants dans la marmite » … Un problème de communication sur le site du théâtre nous faisant rater le début de ce spectacle inspiré de la mythologie grecque, c’est donc sans transition, par la force des aléas technologiques, que nous entrons dans le vif du sujet. Vif, car on apprend vite que des têtes d’enfants vont être tranchées. Nous sommes prévenus, durant les prochaines minutes, le sang, beaucoup de sang, va couler. Alors que nous nous installons en toute discrétion à nos places, Atrée s’apprête à délivrer la clé de sa recette : pour réussir un succulent ragoût, il est on ne peut plus important de « découper le garçon dans sa longueur ». Et si le garçon, tailladé dans les règles de l’art, se trouve être le fils de votre frère, vous frôlerez la perfection culinaire !  Au menu du soir donc, du ragoût d’enfants, premier repas servi par Atrée à Thyeste à l’origine d’une longue tradition familiale parsemée de meurtres, d’incestes, de sacrifice et de viol. Seront ainsi comblés tous les goûts (cadavres) exquis !

Avec Les fureurs d’Ostrowsky, Gilles Ostrowsky et Jean-Michel Rabeux désirent nous plonger dans les affres des Atrides, famille à la divine cruauté bien affirmée. La force du spectacle réside dans le savoureux équilibre qu’il parvient à instaurer entre horreur et jouissance, tragédie et burlesque, sérieux et grotesque. En véritable dompteur des pulsions des personnages qu’il incarne successivement et des affects des spectateurs qu’il ne cesse de titiller, Gilles Ostrowsky joue du rire et de l’effroi avec une énergie époustouflante. Affublé tour à tour d’une chemise  hawaïenne ou d’un slip a paillettes, aussi à l’aise et convaincant en brebis promise au sacrifice qu’en divine drag queen lorsqu’il endosse le rôle de Clisthène, mère dont la fille a été tuée littéralement « pour du vent », il s’amuse à commenter la sombre histoire qu’il nous conte, insistant là sur la violence de son récit ou révélant ici des détails disons plus pragmatiques.

Pour saisir ce qui se trame dans les coulisses olympiennes, nul besoin de connaître sur le bout des doigts sa mythologie, de réviser ses classiques avant de venir, les enjeux de la tragédie sous nos yeux horrifiés et nos rires complices se dévoilent dans ce qu’ils ont de plus terribles et de plus jubilatoires. C’est de nous, de nos pulsions les plus inavouables et de nos vices cachés, dont parle ce spectacle rythmé par une mise en scène précise et efficace, dont seul Rameux a le secret, et entrecoupé d’interludes musicaux. Coupables forcément, purgés peut-être pas entièrement, on ressort revigorés mais attention, cependant, à ne pas suivre Clisthène pour exemple qui « reprend goût à la vie puisqu’elle va tuer… Logique ! », nous lance furieusement Ostrowky !

 visuel : © Théâtre de Belleville

LAISSEZ UN COMMENTAIRE VIA FACEBOOK:

comments

Laissez un commentaire: