« Les Derniers jours de l’Humanité » : de Karl Kraus en Cabaret Décati

29 janvier 2016 Par Christophe Candoni | 0 commentaires

Auteur, metteur en scène et musicien, David Lescot adapte sur la scène du Vieux-Colombier Les Derniers jours de l’humanité de Karl Kraus dans une forme de music-hall désuet et poussiéreux. Les acteurs de la Comédie-Française y brillent d’aisance et de plaisir mais dans un registre histrionique bien trop forcé. 

En 1915, Karl Kraus, auteur, dramaturge et critique théâtral né en Bohème, observateur fin et polémiste de son époque, commence la rédaction d’une œuvre bien étrange, inclassable et insaisissable comprenant 5 longs actes, 209 scènes, multipliant personnages et situations pour restituer, à la manière d’une chronique politique et poétique, la société dans laquelle il vit pendant la Première Guerre mondiale, une guerre qu’il condamne avec verve et sans détour, pourfendant l’esprit belliqueux de ses contemporains et leur opposant de vibrants discours pacifistes et humanistes.

David Lescot resserre habilement et heureusement l’œuvre aux dimensions colossales et conserve son aspect documentaire grâce à la projection d’images d’archives en noir et blanc en fond de scène. Devant un miroir-écran, quatre acteurs passent d’un rôle à l’autre et enchaînent les saynètes ponctuées d’intermèdes musicaux. Damien Lehman joue au piano les grands compositeurs viennois du début du XXe siècle (Franz Schreker, Arnold Schönberg) et accompagne Sylvia Bergé en diva apprêtée qui chante deux lieds crépusculaires signés de Berg puis Zemlinsky avec une solide technique de soprano mais des moyens vocaux désormais bien fatigués.

Une allégresse et un humour indéniables s’offrent aux spectateurs mais tout semble complaisant, peu inventif, moins incisif encore. Les acteurs paraissent livrés à eux-mêmes dans des compositions et des numéros dessinés à gros traits. Denis Podalydès à qui revient la plus grosse part du texte braille et surjoue tandis que rivalise Bruno Raffaelli qui en fait des caisses. Plus fine est Pauline Clément, dernière pensionnaire entrée dans la troupe et seule touche de fraîcheur de la représentation tant le reste semble éculé. Elle fait une bien mignonne et touchante ingénue et devrait faire merveille dans les jeunes premières du répertoire classique, pour peu qu’il soit cette fois davantage revitalisé.


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