« Le Temps et la Chambre » de Botho Strauss par Françon à la Colline

8 janvier 2017 Par
David Rofé-Sarfati
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Au Théâtre de la Colline, Alain Françon confronte son art à une pièce vertige :' »Le Temps et la Chambre » de Botho Strauss. Le texte est une suite de selfies, d’histoires en bribes, de dévoilements, de rencontres ratées ou d’évitements, une suite de scénettes se déroulant dans une même suite d’hôtel, s’exonérant de toute chronologie. Cette chambre hors temps sera finalement l’endroit d’une réelle rencontre. La thèse est faible, la poésie en retrait, mais Françon et ses comédiens ont su magnifier un texte jusqu’à un plaisir non prévu par son auteur.

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Le théâtre, car il est spectacle vivant est l’endroit de l’immanence; hors champ il y a le texte et l’auteur. Pour soutenir cette immanence, le texte est toujours dans une langue usitée, dans une langue vernaculaire, les valets parlent comme des valets, les patrons, les épouses ou les maris parlent respectivement comme des patrons des épouses ou des maris.

Dans cette pièce de Botho Strauss, l’empilement anarchique des temps cherche à s’affranchir de cette immanence. Le risque est total. La pièce commence par un monologue dit par Jacques Weber. Ce monologue est une didascalie plus qu’une tirade, car l’auteur poursuit de rompre avec la règle de l’art dramatique du texte vernaculaire, avec la règle de l’immanence. Le danger est couru donc radicalement cependant que mis en scène par Françon notre ténor de la scène française, l’immense Jacques Weber (récemment Krap dans La Dernière Bande mis en scène par Peter Stein) réussit l’impossible, parvient à nous saisir là, dès les premières minutes pour une pièce aussi étrange qu’envoûtante, dans une transcendance rare.

Et lorsque la femme décrite dedans cette didascalie débarque précipitamment à cour et qu’elle est jouée par Georgia Scalliet, sociétaire de la Comédie Française, fragile et profonde, entre sérénité et impatience, nous sommes à la parade. Car cette pièce est une parade du théâtre français, de ses talents. Vont suivre les moliarisés Wladimir Yordanoff, délicieusement vaporeux, Dominique Valadié, terrienne et le très drôle Gilles Privat et aussi Antoine Mathieu, Charlie Nelson, Aurélie Reinhorn et même Anouk Grinberg en voix off. Des talents exceptionnels.

L’art dramatique de Françon se déploie ; la scénographie minimaliste habituelle chez lui permet de nous faire passer de l’absurde beckettien, le couple Weber/Privat aussi désespéré au sein d’un monde indifférent qu’Estragon/Wladimir est fascinant, à la dérision de Woddy Allen, Aurélie Reinhorn se précipite, furieuse hors de la chambre en criant « Médée a raison! Médée a raison! »; Antoine Mathieu lui assène : « Nous n’avons pas d’enfants! »

Allez à la parade jusqu’au 6 février.

 

 

Crédit Photos DR

Le Temps et la Chambre
de Botho Strauss
texte français Michel Vinaver
mise en scène Alain Françon

avec Antoine Mathieu, Charlie Nelson, Gilles Privat, Aurélie Reinhorn, Georgia Scalliet de la comédie française, Renaud Triffault, Dominique Valadié, Jacques Weber, Wladimir Yordanoff et la voix d’Anouk Grinberg


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