« Le silence de Molière » est bien bavard au théâtre de la Tempête à Paris jusqu’au 16 octobre 2016 puis en tournée en France !

22 septembre 2016 Par Magali Sautreuil | 0 commentaires

Jusqu’au 16 octobre 2016 au théâtre de la tempête à Paris, la fille de Molière sort de son silence pour nous livrer sa vision du monde cruel du théâtre qui l’a privé de son père et de son enfance. Mais après tant d’années de mutisme, saura-t-elle renouer contact avec autrui ?

L’écrivain, essayiste et historien de l’art italien Giovanni Macchia (1912-2001) a toujours été fasciné par la fille unique de Molière, Esprit-Madeleine Poquelin (1665-1723). Fruit de l’union de son père avec l’actrice Armande Béjart de 20 ans sa cadette, elle apprend dès sa plus tendre enfance des choses infamantes, vraies ou fausses, sur ses parents. Plutôt que de démentir toutes ces calomnies, elle choisit de se murer dans le silence.

Madeleine est par conséquent une énigme. Sa vie mystérieuse constitue un « terreau » très riche pour nourrir une fiction. L’une des rares choses dont nous soyons sûrs est qu’elle a voulu fuir la scène, le théâtre, le bruit et la médisance pour vivre recluse dans le silence d’un couvent.

Mais fervent admirateur de Molière, Giovanni Macchia n’a pu se satisfaire de ce silence. Il a donc imaginé une rencontre fictive dans laquelle Esprit-Madeleine Poquelin se donne en spectacle et se livre comme jamais.

Pour la sortir de sa torpeur et briser son armure de silence, un jeune homme, un insolent, un indiscret, un amoureux de Molière, vient briser sa retraite. Il a des airs de petit garçon qui n’admet pas qu’on lui résiste. Il ne peut pas non plus accepter que l’on se détourne de la réalité telle qu’il la conçoit. Intransigeant, parfois un peu sec, il brusque Madeleine pour qu’elle lui dévoile tout ce qu’elle sait sur la vie de l’homme qu’il idolâtre.

Alors il écoute comme un petit enfant l’histoire douloureuse de cette pauvre âme.

Le récit souffre de quelques longueurs. Tout repose sur le texte, qui est déclamé presque comme un monologue. L’homme qui donne la réplique à la fille de Molière ne lui sert en effet que de faire-valoir. Mais le jeu de ces deux acteurs ne repose pas seulement sur la parole, il se joue aussi dans leur silence, leur jeu de cache-cache et le ballet des ombres et des lumières.

La pièce repose et est essentiellement portée par Ariane Ascaride. Elle interprète avec justesse, finesse et délicatesse l’âme tourmentée d’Esprit-Madeleine Poquelin, cette femme qui a décidé de se murer dans le « silence, cette sereine absence de bonheur », cette « spectatrice qui regarde les choses de loin et qui n’arrive pas à vivre sa propre vie ». Tout de blanc vêtue, elle porte une longue tresse rousse. Son visage est aussi expressif que celui d’une enfant et sa voix… Sa voix est capable de jouer toute une gamme d’émotion et parvient aisément à nous émouvoir. Tantôt animée d’une gaieté enfantine, elle se renferme aussitôt pour devenir froide, cassante, amère quand elle se remémore son passé douloureux, quand elle pense au théâtre comique qui lui a volé son père et qui s’est montré ignoble et cruel envers sa famille…

Ce repli sur elle-même transparaît dans le décor épuré. Ce dernier évoque l’austérité des cellules du couvent dans lequel Esprit s’est retirée du monde et tranche avec celui du monde du théâtre auquel appartenait son défunt père. Les murs blancs sont aussi là pour rappeler la maison familiale. Ces murs sont percés sur le côté gauche par une porte et, en leur centre, par une fenêtre ovale à travers laquelle on perçoit une autre fenêtre à croisée de bois cette fois-ci rectangulaire. Ce jeu de trompe-l’œil renvoie à ceux peints sur le château d’eau de son enfance. L’espace compris entre ces deux fenêtres matérialise le silence qui entoure Madeleine et qui la coupe du monde extérieur.

Ce silence parfois pesant est souligné par la bise qui souffle en continue sur les vestiges du passé d’Esprit-Madeleine Poquelin et de son père, père, dont la voix immortelle se rappelle à nous via un vieux transistor poser à même le sol de la scène. On entend ça et là quelques sons de cloche qui situent la scène dans un édifice religieux.

Dans un dernier soubresaut, Madeleine quitte ses habits et met un terme au rôle de sa vie. Si vous souhaitez découvrir la fille de Molière incarnée avec maestria par Ariane Ascaride, rendez-vous au théâtre de la Tempête. Mais pour bien profiter de cette pièce, n’en perdez pas une miette !

Informations pratiques :

Titre : « Le silence de Molière »

Texte : Giovanni Macchia

Traduction : Jean-paul Manganaro et Camille Dumoulie

Distribution : Ariane Ascaride dans le rôle d’Esprit-Madeleine Poquelin, Loïc Mobihan dans celui de l’admirateur de Molière, avec la voix de Michel Bouquet

Mise en scène : Marc Paquien

Décor : Gérard Didier

Lumières : Dominique Bruguière

Costumes : Claire Risterucci

Musique et son : Xavier Jacquot

Coiffures et maquillage : Cécile Kretschmar

Collaboration artistique : Martine Spangaro

Régie générale et lumières : Pierre Gaillardot

Régie son : Patrice Fessel


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