Le Poignard de Roberto Alvim au Théâtre de Belleville

1 février 2016 Par David Rofé-Sarfati | 2 commentaires

Le Théâtre de Belleville et la troupe de Alexis Lameda-Waksmann s’emparent dans une création d’un sujet hautement d’actualité: le terrorisme.

A deux cent mètres des terrasses du 13 novembre, un an après Charlie et 4 ans après Merah, se monte à Paris une création sur le terrorisme. La pièce à la construction désarticulée, avec des personnages tout aussi brisés nous donne à explorer ce que le terrorisme a de sinistre. Elle parcourt le sujet par tous les plis. On vit en direct comment le terrorisme, car c’est une transgression, s’alimente et s’opère dans une mécanique qui lui échappe aussitôt qu’elle se met en marche. Ce poignard c’est le sabre de la charia, la machette du terroriste du commissariat du 18ème ou le couteau tuant des passants au hasard à Tel Aviv.

La pièce est loufoque joyeuse et dérangeante. Les acteurs sont formidables, en particulier Célia Catalifo, Adrien Gamba-Gontard et surtout le génial Majid Chikh-Miloud qui défend une proposition difficile.
La critique de la télévision et de ces idoles marchandise est délicieuse. Rachel André est très drôle dans son emploi de psychanalyste cathodique.
Le texte en quinconce ne nous laisse pas souffler et nous sommes attrapés par cette bande de jeunes terroristes en herbe piégés par l’effet de groupe, par la drogue, par un pseudo discours politique, par une sinistre apologie du martyr et surtout par leur profond désespoir. Parce qu’ils n’ont pas réussi à donner un sens à leur vie ils tentent de donner un sens à leur mort.
Nous aurions aimé adhérer complètement à cette pièce. Le texte est riche et ouvre à une multitude de questions, de celles qui nous occupent aujourd’hui. Sauf que dans des banlieues certains croient que le 11 septembre est l’œuvre du Mossad, sauf qu’une certaine ultragauche expliquai que Sarkozy avait commandité les attentats de Toulouse. Les victimes du terrorisme sont des victimes aussi des théories du complot. Ils sont aussi victimes du déni et on aura noté que le texte de Roberto Alvim est titré « Le Poignard » escamotant le terroriste derrière son arme. Ce sont les hommes qui tuent, non les armes, et ils tuent, et l’horreur est là aussi, en conscience. (sur cette question, il faut voir le film précieux de Francois Margolin « Les Salafistes »)
La pièce débute lorsqu’un membre éminent de l’état et un grand entrepreneur décident de monter de toute pièce un faux groupe terroriste. Celui-ci est censé renforcer le pouvoir actuellement en place en créant une menace identifiable par la population, un bouc émissaire.

La pièce débute par l’énoncé du complot. Eugène Durif , en video par des conversations sous Skype, tente d’anéantir la perte de sens et de valeurs. Il joue en surplomb un ancien militant soixantuitard et son discours ne prend pas. Son impossibilité a trouver contact nous interroge sur cette génération sourde et aveugle, rongée tant par le doute qu’elle en invente des certitudes extravagantes . Cette pièce n’est pas Les Justes de Camus. Elle en a une autre noirceur et si elle se perd c’est dans cette hallucination du complot.

Il n’empêche. Nous avons adoré cette troupe et applaudit la mise en scène extrêmement innovante. Car cette pièce malgré sa tâche est géniale.

 

 

 

Texte Roberto Alvim
Traduction Angela Leite Lopez
Mise en scène Alexis Lameda-Waksmann
Avec Rachel André, Celia Catalifo, Majid Chikh-Miloud, Eugène Durif, Adrien Gamba-Gontard, Claire Lemaire, Guillaume Perez, Benjamin Tholozan et Julien Urrutia
Ambiance sonore Mathias Lameda
Paroles de chansons Matthieu Devaux, Guillaume Perez, Thomas Poitevin, Benjamin Tholozan
Mise en musique des chansons Matthieu Devaux
Costumes Emmanuelle Belkadi
Lumières Florent Penide

 

 


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COMMENTAIRES:

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  2. Laethier Pascal

    Bravo, belle pièce, mais aussi belle critique, juste, mesurée et qui donne envie de voir et d’en savoir plus. La pièce est bien jouée et le texte est remarquable, mais elle pose problème. David Rofé Sarfati en pointe parfaitement l’ambiguité.
    PL

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