« Le Moche » au Théâtre de l’Atalante

7 janvier 2017 Par
David Rofé-Sarfati
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Nathalie Sandoz s’est emparée de la pièce de Marius von Mayenburg pour nous restituer un texte à la réalité crue et sans faux semblant; et même si une chrétienne retenue aseptise parfois la pièce, on en est pour notre compte d’émotions et d’aversions éclairantes au sein d’une scénographie sobre qui ouvre droit aux magnifiques comédiens à saturer un texte qui le réclame.gpe-8250

Entre Lette. Alors qu’il se prépare à présenter l’invention de sa vie lors d’un congrès international, son patron l’écarte au prétexte qu’il est trop moche! S’est emparée du texte Nathalie Sandoz, à ne pas confondre avec la toute aussi talentueuse Maia Sandoz qui avait adapté la même pièce en 2010 et qui récemment nous avait éblouis avec son L’Abattage rituel de Gorge Mastromas. Pourtant, il  y a quelque chose de commun entre les deux metteuses en scène dans cette compétence à faire rendre le texte et son sous-texte avec une économie de moyen.

« Le moche » est l’histoire de Lette, un ingénieur talentueux dans son travail et heureux dans son couple. Il apprend par son patron qu’il est trop laid. Après la confirmation par sa femme que son visage a toujours été « catastrophique » Lette décide de subir une opération chirurgicale. Il sort de cette opération beau à en être irrésistible. La gloire l’attend sauf que confronté à son nouveau sex-appeal Lette va parcourir ce noviciat avec les difficultés d’un capucin découvrant la débauche, la licence jusqu’à l’inceste. Parallèlement son image devient une marchandise par clonage dans les mains de l’habile chirurgien et bientôt ce visage de nombreuses fois décliné ne lui appartiendra plus.

La pièce nous donne à voir l’équivoque relation entre la fortune et la beauté, entre le capitalisme mondialisé et son projet secret aussi vigoureux qu’efficace d’uniformiser le beau donc notre goût. La pièce est aussi une magnifique mise à plat de ce qui dans nos narcissismes est l’annulation de l’autre. Dans le miroir il y a moi et seulement moi.

Le propos est au fond assez banal et le capitalisme comme le narcissisme dont il est le produit et la source survivra à ces petits coups de boutoir. Sauf que les comédiens, nommons les pour leur immense talent Gilles Tschudi, Raphael Tschudi, Guillaume Marquet et Nathalie Jeannet sont aux commandes de cette mise en théâtre de ces idées; et ils savent leur apporter une plaisante immanence. La dernière scène où le cœur du narcissisme s’embobine sur lui même dans un absolu mérite la location.

 

 

Mise en scène : Nathalie Sandoz

Scénographie : Neda Loncarevic
Lumières et vidéo : Philippe Maeder
Univers sonore : Cédric Liardet
Costumes : Diane Grosset
Maquillages : Nathalie Mouschnino
Médiation : Carine Baillod
Régie technique : Julien Dick
Diffusion : Julie Visinand

Jeu : Nathalie Jeannet, Guillaume Marquet, Gilles Tschudi et Raphaël Tschudi