« Le Journal d’un Fou » de Bruno Dairou

1 février 2016 Par David Rofé-Sarfati | 0 commentaires

Après Avignon 2013, 2014 et 2015, Le journal d’un fou opère sa reprise au Guichet Montparnasse pour 3 mois.

Note de la rédaction :

Le journal d’un fou de Gogol se présente sous la forme d’un journal intime tenu par le héros principal, Poprichtchine. Il y raconte les épisodes de sa vie, de son travail. Il y consigne les sentiments qu’il éprouve au sujet de la fille de son directeur. Très vite des signes de folie apparaissent : il espionne discrètement les discussions de Medji, une chienne. Il lit les lettres que Medji aurait écrites à une autre chienne. Très vite, ce jeune fonctionnaire perd tout lien avec la réalité ; il découvre qu’il est en fait le roi d’Espagne. Il finit par être emmené de force dans un asile psychiatrique. À la fin de la nouvelle, il perd complètement la raison, réclame sa mère et finit par une phrase impossible : hé, savez-vous que le dey d’Alger a une verrue juste en dessous du nez ?

On l’aura compris, Antoine Robinet et Bruno Dairou son metteur en scène, ont entrepris une aventure périlleuse. Le Journal d’un fou, la stupéfiante destinée d’un petit fonctionnaire qui devient roi d’Espagne, seule œuvre de Gogol écrit à la première personne est un texte émouvant et périlleux pour son adaptateur. Nous l’attendions avec vigilance. Il s’agissait de rendre compte de cette lente chute vers la démence sans surjouer le fou, sans emprunter aux codes du cirque ou du théâtre de boulevard. Le caractère du fou, comme celui de l’ivrogne ou de l’idiot a au théâtre ou au cinéma ses codes dont il était interdit de s’approcher. Il devait être ni le fou de Shining ni le Joker de Batman. Il ne devait pas être un fou burlesque, un clown. Non plus le fou fatal de Rigoletto. Au fond, nous aurions accepté peu de choses de son interprétation. Ni de nous faire rire, car se moquer du fou en le mettant à distance nous l’aurait fait manquer. Ni de nous mettre en colère.

Le Popritchine de Robinet est une totale réussite. Nous l’imaginions toutefois plus chétif, moins bel homme qu’Antoine Robinet. Mais il est épatant, il est dérangeant et émouvant à la fois. Son élocution ponctuée de légères scansions et le bruit entre les scènes d’une goutte tombant dans une enceinte où elle reçoit son écho, métaphore de son cerveau vide, sont les seuls artifices de jeu. Antoine Robinet tient le personnage dans une interprétation juste sans jamais tomber dans une facilité des convenances et sans lâcher sur l’essentiel : c’est Popritchine lui-même qui écrit son histoire. Le personnage créé n’est pas fabriqué, ne connait pas de mise à distance, ne s’articule pas, il est Popritchine fou et rien d’autre. À nous de le découvrir, de le comprendre et de ressentir pour lui une empathie embarrassée. A nous de redécouvrir le texte immense à l’humour contenu de Nicolai Gogol.

photos : Jean-Claude Lallias, © Cie des Perspectives 2014


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