Le fou d’Omar à l’Atalante

21 juin 2008 Par marie | 0 commentaires

Le fou d\'omarUn texte d’Abla Farhoud adapté, mis en scène par Nabil El Azan. De l’histoire d’une famille libanaise éclatée, une réflexion sur la fraternité, la folie, le mal… Un belle pièce, quasi-religieuse.

 

« My father is dead. My father is dead and I am alive. And I am almost alive ». De la bouche de Radwan (Eric Robidoux), les mots fusent en anglais, en français, en arabe, en italien parfois. Empruntées à Dante, Shakespeare, Rimbaud, Mallarmé ou Saint-Mathieu, les phrases s’entrechoquent au gré des associations d’idées. Le jeune homme déclame pour combler le vide, compenser le fait qu’il ne soit plus rien, ou peut-être simplement un « chien », bavant comme celui de Pavolov mais bien moins utile… Dans son délire son père (Gabriel Yammine) lui apparaît, homme calme, presque sage, qui égraine les sourates au rythme de son chapelet. Comme par le passé, Omar prépare un dîner pour son fils, lui donne ses médicaments, veille sur lui en père aimant.

Malheureusement cette présence n’est que vision ; dans sa folie, Radwan, l’homme « incapable » d’un « geste pratico-pratique » a les « idées claires ». La perte de son père n’est que l’aboutissement d’un long dépouillement : perte de lui même, perte de Beyrouth pour Montréal, perte du frère, Rawi (Baptiste Kubich)… Bien vivant, ce dernier est devenu ce que Radwan n’a jamais pu être : un écrivain riche et célèbre. Mais Rawi n’est plus Rawi, avec une entière maîtrise de son corps et de son identité, il a complètement changé de vie.

Mais peut-on, par simple acte de volonté, changer entièrement d’identité ? Peut-on tout renier quand on a vécu comme des « manchots », en exilés toujours collés ? Et que signifie « Lui c’est lui et toi c’est toi » quand « Lui », le frère malade, fut, à cause de son mal et des années durant « le nombril ambulant » de la famille ? Aux questions du frère se mêlent les lamentations du père. Par la voix de Job, le fantôme d’Omar -qui toute sa vie a lutté contre la maladie de son fils-, prend à partie l’Eternel. Le Libanais a réussi Outre-Atlantique, toute sa famille  a survécu à la guerre et voilà que son fils regrette que sa fragilité, sa lucidité et sa sensibilité n’aient pas suffit à le terrasser….

L’Atalante est une chapelle ; sur l’autel, chacune des figures de la trinité, croix sur les épaules, frappe aux portes d’un paradis  (vide?). Ibn Arabi, Paul Ceylan ou Bach, les intercesseurs sont nombreux, les Libanais riches de leurs voyages.

Le fou d’Omar, à l’Atalante, Cie La Baccara, 10 place Charles Dullin, Paris 18e, Métro Anvers, Abesses ou Pigalle, Lundi –Samedi à 20h30 (relâches le mardi), le dimanche à 17h, Réservations au : 01 46 06 11 90. Tarif : de 18 à 8 euros. Jusqu’au 30 juin. 


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