« Le Crime de l’Orpheline » de Philippe Lelièvre au Ranelagh

4 avril 2016 Par David Rofé-Sarfati | 0 commentaires

Après « L’Envers du décor », Florence Andrieu et Flannan Obé nous reviennent avec une nouvelle création loufoque et sanglante où se mêlent théâtre et musique.

Note de la rédaction :

Un homme au physique de rugbyman traverse la salle en chemise et bretelles, s’installe dans la fosse au piano et démarre une musique de film muet. Nous sommes au spectacle, l’ambiance est joyeuse et enfantine. les sourires s’installent, et ne nous quitteront plus jusqu’aux applaudissements .

Nous découvrons l’histoire de Joséphine, une jeune orpheline élevée par une mystérieuse tutrice et tiraillée entre le harcèlement amoureux d’un prétendant tyrannique et son béguin pour un inconnu qui lui fait la cour par sa fenêtre. Les passions se déchaînent et vont entraîner la pauvre Joséphine dans un jeu dangereux et sanglant. L’esprit de la pièce est moderne. Sans spoiler, nous pouvons révéler que l’énigme tient sur des ressorts psychiques universels. Joséphine est un personnage shakespearien, une sorte de Hamlet femme. Elle déploie les questions actuelles de l’inquiétante étrangeté d’une mère, de l’impossible choix des femmes entre le joli prince et le bon parti. Joséphine coincée dans l’impasse de ce qui se joue entre elle et sa tutrice, tranche. Si donner la vie reste aussi donner la mort, (sujet brûlant aujourd’hui avec les grossesses sous trithérapie, ou les gestations pour autrui) et si s’abandonner à un homme doit composer toujours avec la concurrence de la mère, et lorsqu’il ne suffit plus de refuser la filiation, alors le poison pour la fille devient celui pour la mère. La mascarade de la tutrice est anéantie.

Mais Joséphine n’est pas une empoisonneuse, elle n’a rien tranché vraiment, elle est comme Hamlet, elle ne décide de rien. Tout est déjà là pour elle toujours en retard de ce qui advient (à suivre le motif de la marguerite).

Mais la pièce n’est pas une tragédie. Bien au contraire!

Les chansons, l’implication des acteurs et l’humour du texte donnent à la pièce l’apparence d’une comédie joyeuse. Le public ne s’arrête de rire que pour sourire. Cet objet théâtral reprend pour les tordre les codes du music-hall, de l’opérette, du cinéma muet et du théâtre contemporain. Florence Andrieu et Flannan Obé sont de précieux comédiens, talentueux et généreux. Le génie de Philippe Lelièvre tient au rythme de l’ensemble. Maître de la scansion et du ratage, il nous garde tout au long de la pièce, de surprises en sidérations dans l’attention heureuse d’un enfant innocent prêt à tout pour croire et pour en rire.

Le décor de Casilda Desazars tient aux meilleures productions du théâtre public et Lelièvre signe avec lui un travail époustouflant. La scène du rêve, à la Daniel Mesguich est remarquable. Une scène de claustrophobie mélancolique avec l’écrasement du décor est magnifique.

Et le Ranelagh est un lieu magique…

Crédit Photos © Ben dumas
Auteur : Florence Andrieu, Flannan Obé et Philippe Brocard
Mise en scène : Philippe Lelièvre assisté de Marcela Makarova
Avec : Jeannette Salvador, Florence Andrieu, Flannan Obé
Au piano: Philippe Brocard ou Delphine Dussaux
Décors: Casilda Desazars
Lumières: Philippe Sazerat
Costumes: Eymeric François


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