« Le Chat » ou les mécanismes de la haine en ce moment au théâtre de l’atelier !

15 septembre 2016 Par Magali Sautreuil | 0 commentaires

« Le Chat » est une pièce tirée du roman psychologique de Georges Simenon, pour la première fois adapté au théâtre. Simenon explore ici les tréfonds de l’âme humaine et du couple, dont il nous dresse un tableau plutôt terrifiant !

Marguerite et Émile sont deux pauvres diables que tout oppose. Tous deux veufs, ils décident un beau jour d’unir leur solitude. Mal leur en prend car ainsi débute leur calvaire. Tous deux sont prisonniers de leur passé, surtout Marguerite qui pleure chaque jour la gloire passée de la biscuiterie familiale Douase. Sa petite voix de gamine contraste avec son physique maternel. Victime des promoteurs immobiliers, elle assiste inexorablement à la destruction des maisons ouvrières de son quartier dans le Paris des années 1960. Petit à petit, leur foyer devient une prison, les relations entre le jeune couple se détériorent et s’enveniment. Ils se haïssent désormais, pour le meilleur et pour le pire, jusqu’à ce que la mort les sépare. Et la première victime de cette guerre froide est leurs animaux de compagnie, Coco, le perroquet à sa mémère, et Joseph, le chat à son pépère.

Marguerite est une bourgeoise mélomane catholique qui vit dans le déni le plus complet. Les paroles de cette sainte Nitouche ne sont que mensonges ! Grâce à elles, elle parvient à faire d’Émile son compagnon d’infortune. Le pauvre Émile, lui qui est plutôt « brut de décoffrage », lui qui aime le vin et le café, lui qui aime danser à la guinguette, lui qui aime jouer au bistrot et aller au cinéma, se retrouve donc en ménage avec une femme aussi raide qu’une planche à repasser. Deux mondes sont donc confrontés.

Cette différence de milieu social transparaît également à travers le décor. La cuisine en formica bas de gamme jure avec le salon bourgeois et cosy, où une alcôve est dédiée à Frédérique, le défunt époux de Marguerite. Cette alcôve nous rappelle ces films dans lesquels un drame est survenu. Ces deux pièces sont séparées par une immense fenêtre qui donne sur un Paris en pleine mutation.

Cette fenêtre symbolise le temps qui passe. Elle permet de situer l’action dans le présent ou dans le passé. Les scènes de leur vie d’autrefois sont lumineuses, les maisons ouvrières sont encore debout et Marguerite, bien qu’un peu folle, bien plus souriante. Par contre, le présent est morne, sombre, la haine a obscurci les cœurs et le chantier de démolition a tout ravagé. Des bruits sourds et réguliers liés aux travaux confèrent à ce présent une certaine pesanteur.

Entre les scénettes, un intermède musical vient donner le ton. Les notes sont graves et oppressantes lorsqu’elles renvoient au présent. Elles sont plus aigües et plus claires, bien qu’un brin nostalgiques, lorsqu’elles évoquent un passé révolu ! Ces notes sont jouées au piano, ce qui n’est pas anodin, puisque Marguerite a pris des cours de piano dans sa jeunesse.

Cette pièce souffre de quelques longueurs qui sont inhérentes à ce roman. Afin de couper court à ces dernières et d’alléger le ton de la pièce, le metteur en scène a eu recours aux flashbacks.

Bien que tout les oppose et que rien ne semble les attacher l’un à l’autre, Marguerite et Émile ne peuvent se résoudre à se séparer. L’effondrement des dernières maisons ouvrières sonne le glas de la pièce.

Ne vous attendez pas à beaucoup d’action ! C’est à un drame conjugal et poignant que vous assisterez si vous allez voir « Le Chat » au théâtre Antoine. Si vous voulez vous donner un avant-goût de cette pièce, vous pouvez toujours regarder le film « Le Chat » avec Jean Gabin et Simone Signoret ou lire le roman de Simenon.

Casting :

Scénario d’origine : Georges SIMENON

Adaptation théâtrale : Christian LYON et Blandine STINTZY

Mise en scène : Didier LONG, assisté de Julie MARBOEUF

Acteurs : Myriam BOYER et Jean BENGUIGUI

Décor : Jean Michel ADAM

Costumes : Camille DUFLOS

Lumières : Philippe SAZERAT

Musique : François PEYRONY


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