« L’affaire Dussaert » au Petit Montparnasse.

25 février 2016 Par David Rofé-Sarfati | 0 commentaires

En alternance avec Le cas Martin Piche, Jacques Mougenot propose dans un seul en scène un très beau texte sur l’art contemporain. Prix Philippe Avron de l’humour 2011. Prix du public au Festival de Dax 2007

Note de la rédaction :

Jacques Mougenot vient seul face à nous, un petit bureau à sa droite, un vidéo projecteur à sa gauche. Nous sommes à une conférence, une conférence sur l’affaire Dussaert. Nous ne savons s’il faut connaitre Dussaert. Cette question, sommes nous supposés connaitre l’artiste, crée en nous une légère tension coupable. Le splendide texte servi par le talent de l’auteur fera le reste pour saisir notre attention captive et captivée.

Dussaert est un peintre qui avant de connaitre un succès international fut un simple copiste. À travers une enquête, en interpellant régulièrement le public soucieux qu’il est de vérifier que nous avons bien tout compris, Jacques Mougenot interroge la question générale de l’art contemporain. Il nous parle de la peinture contemporaine dans ce qu’elle est parfois une combine spéculative, peut être une escroquerie. On pense à Francois Morrellet célébré au Mac Val, ou au Balloon Dog de Jeff Koons adjugée pour 58 millions de dollars, et à tant d’autres.

L’histoire fabuleuse imaginée par Mougenot fonctionne comme un adynaton où l’absurde est repoussé jusqu’au centre comique d’un ombilic où nous cheminons durant la pièce.

En fin de carrière Dussaert et sa galeriste commercialiseront ce qui ne constitue presque plus rien. Est-ce encore de l’art ou pas. La conférence est drôle, instructive, décapante. Une drôlerie jubilatoire que la contrainte de ne rien spoiler nous empêche d’en témoigner ici. Mougenot évite par un texte rigoureux l’écueil du discours populiste. Son propos ne constitue pas la revanche des laissés pour compte du sérail du marché de l’art contemporain. Il y a spéculation souvent, exagération parfois, mais Mougenot explique, explore, instruit et nous enchante. Les catalogues des expos ont-ils recouvert le geste des artistes? Les littérateurs et les marchands ont-ils eus les peintres? Peut être.

Extraits : car c’est un peu le danger avec l’art contemporain quand on n’y connait rien on ne sait jamais si on est en face d’une œuvre… son père est fonctionnaire des douanes c’est pas très utile de savoir ça, études à Lille, on s’en fout… Il est singulier de remarquer que cette absence d’œuvre préfigurait son œuvre tout entière, l’œuvre de l’absence…le vide de Klein n’était pas l’aboutissement de sa démarche artistique il a continué à travailler, Dussaert lui si j’ose dire : après il n’a plus rien fait…

C’est avec des mots qu’on fabrique le mensonge quotidien. Mais c’est aussi avec des mots que le discours devient quelque chose. Mougenot nous entraîne dans sa pseudo-conférence, sa fausse enquête, dans sa pièce de théâtre. Sous la question de l’art contemporain apparaît sa reflexion sur le théâtre contemporain. La phrase de Cocteau reprise dans la pièce :  l’art est un mensonge qui dit la vérité  rappelle la phrase de Jouvet; au théâtre tout le monde ment. Les mots ne suffisent jamais, il y a toujours un reste. Mougenot écrivain aime tant les mots qu’il voudrait s’en passer. Avec sa générosité il nous invite à partager ses mots et son théâtre. On y va.

crédit photos ©DR +  affiche

Auteur : Jacques Mougenot
Artistes : Jacques Mougenot
Metteur en scène : Jacques Mougenot


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