« L’abattage rituel de Gorge Mastromas » : Jusqu’où seriez-vous prêt à aller pour réussir dans la vie ?

25 février 2018 Par
Magali Sautreuil
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Jusqu’au 11 avril 2018, au studio Hébertot, vous pouvez assister à «L’abattage rituel de Gorge Mastromas». Destinée singulière de cet homme, dont le naufrage moral, reflète celui de notre société…

affiche

Né dans les années 1970, Gorge est, jusqu’à ses trente ans, reléguait aux seconds rôles. Il est pourtant gentil, honnête et a toujours fait ce qui était convenable du point de vue moral. Mais Gorge a toujours été du côté des perdants… Sa vie manque cruellement de saveur, cependant, c’est la sienne.

À l’aube de la trentaine, il se trouve confronté à un choix, qui va bouleverser son existence : rester fidèle à ses convictions et, par conséquent, du côté des perdants, ou abandonner tout ses principes pour avoir le monde à ses pieds. Il est à un point de non-retour. A, une cheffe d’entreprise ambitieuse, compte bien le faire succomber du côté obscur. Son discours est rôdé et elle le maîtrise à la perfection : «La vie n’est ni juste ni gentille. Richesse et puissance sont entre les mains d’une minorité, qui possède tout parce qu’elle ose tout. Le reste du monde n’est que du bétail à leurs yeux». La proposition est tentante et Gorge se laisse séduire… C’est décidé, désormais il sera certes un salaud, mais il aura tout ce qu’il vaut. Métamorphosé en démon abject, maître d’un monde capitaliste et ultralibéraliste, son ascension sera fulgurante.

Aveuglé par le pouvoir et le monde chimérique qu’il s’est créé, Gorge ne voit pas, ou ne veut pas voir, que la liberté dont il prétend jouir n’est qu’un simulacre. Entre bonté et lâcheté, courage et lâcheté, Gorge a choisi d’être lâche et de succomber à ses pulsions, quitte à perdre tout ce qui compte à ses yeux, quitte à se perdre lui-même…

Entre insignifiance, grandeur et décadence, la destinée de Gorge reflète un problème plus profond : celui d’un monde en perte de repères et de valeurs, où le mensonge, la fourberie et l’indécence sont érigés en préalables à toute réussite sociale. Afin de révéler les dérives de notre société, Dennis Kelly utilise paradoxalement un art de l’artifice : le théâtre, mêlé aux techniques cinéma.

Dans cette pièce, théâtre et cinéma se confondent, brouillant ainsi nos repères. Le spectateur a en effet parfois l’impression d’être davantage sur un plateau de tournage que devant une scène de théâtre. Ce sentiment est renforcé par les incrustations de plans filmés, ainsi que par la scénographie dynamique, parfois vertigineuse et tournoyante. De quoi vous donnez le tournis !

La présence du chœur est aussi assez inhabituelle. Six énergumènes en costard, dont le visage est parfois caché par un masque d’animal, commentent la vie de Mastromas, de manière crue, mais réaliste. Leurs récits ne sont nullement ennuyeux : ce sont des moments de narration ultra-dynamiques, débités avec énergie !

choeur

Ces passages narratifs alternent et s’entremêlent avec l’action principale. D’abord omniprésent, le chœur s’efface petit à petit, au fur et à mesure que Mastromas s’affirme.

On assiste à une lente montée en tension de la pièce. Un malaise commence dans la seconde partie de la pièce, au moment où Gorge choisit d’être un salaud. Il atteint son climax dans la dernière scène, qui fait écho au théâtre d’Harold Pinter.

mastromas

Dérangeante, cette pièce interroge notre étique : «Nos choix ne sont ni bons ni mauvais, mais sont-ils moraux ?»

Mais il ne s’agit pas d’une conférence d’1h40 sur l’étique et la morale, mais bien d’une pièce de théâtre à l’humour caustique. Alors plutôt que d’aller au cinéma ou de regarder une série sur Netflix, aller voir « L’abattage rituel de Gorge Mastromas » au studio Hébertot, vous aurez les trois en un : un film, une série et une pièce de théâtre.

INFORMATIONS PRATIQUES :

Titre : « L’abattage rituel de Gorge Mastromas »

Genre : Théâtre contemporaine satirique / Humour noir

Texte de : Dennis Kelly

Mise en scène : Franck Berthier

Décors et costumes : Frédéric Couade

Lumières : Mireille Dutrievoz

Univers sonore : Romain Bernardini

Production : Compagnie « Dont Acte »

Distribution :

– Gorge Mastromas : Yannick Laurent ;

A, la cheffe d’entreprise prédatrice : Marie-Caroline Le Garrec et Amélie Manet en alternance ;

– Gel, le frère de Gorge : José Corpas et Geoffrey Couët en alternance ;

– Le Groom : Geoffrey Couët et Adrien Guitton en alternance ;

– Louisa, la collègue et petite-amie de Gorge : Marie-Caroline Le Garrec et Amélie Manet en alternance ;

– Martin, le chef d’entreprise en difficulté : José Corpas et Adrien Guitton en alternance ;

– Pete, la petite-fille de Gorge : Marion Feugère ;

– Le chœur : José Corpas, Geoffrey Couët, Marion Feugère, Adrien Guitton, Marie-Caroline Le Garrec et Amélie Manet.

Lieu : Studio Hébertot – 78 boulevard des Batignolles – 75017 Paris – M°2 « Rome »

Dates et horaires : Du 3 février au 11 avril 2018, les mardis, mercredis et samedis à 21 heures et les dimanches à 17 heures.

Durée du spectacle : 1h40

Visuels : « Just a Pics », F. Ferranti, photographe