La Mort de Tintagiles de Maurice Maeterlinck , mis en scène par Géraldine Martineau à La Tempête

26 septembre 2017 Par
David Rofé-Sarfati
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Géraldine Martineau, Molière 2016 de la Meilleure actrice formée entre autre par le génial Gérard Watkins, signe sa deuxième mise en scène après Mademoiselle Julie d’August Strindberg, et s’attaque dans la salle Copi de la Tempête au périlleux La Mort de Tintagiles et avec talent attrape l’esprit du texte de Maeterlinck.

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L’adaptation de la pièce de Maurice Maeterlinck, conte mystique sur la mort réclame une vaillance rare. Et ne se frotte pas qui veut à son théâtre de l’invisible. Maeterlinck, figure de proue du symbolisme belge est célèbre pour son mélodrame Pelléas et Mélisande sommet du théâtre symboliste mis en musique par Debussy en 1902. Il est aussi l’auteur de Trois petits drames pour marionnettes (1894, trilogie formée par Alladine et Palomides, Intérieur, et La Mort de Tintagiles).

Dans La Mort de Tintagiles le propos de l’auteur belge prix Nobel de littérature en 1911 consiste à nous plonger dans l’insu, dans les vertiges de l’inconscient, Dans son anti-théâtre de marionnettes, il installe de fragiles victimes livrées aux puissances occultes d’un univers ennemi auquel elles sont pourtant mystérieusement reliées.

Le texte se veut un drame crépusculaire. Dans la pénombre humide d’un château en ruines, au fond d’une vallée oubliée règne une vieille reine tyrannique; ivre de pouvoir, la méchante mère-grand a fait revenir au palais son jeune petit-fils, Tintagiles pour l’éliminer alors que ses deux grandes sœurs vont tenter désespérément de le protéger. Pas d’énigme, ni suspens ni faux espoirs dans ce drame qui porte en son titre déjà le destin de la petite victime.

La scénographie, splendide, admirable, épouse le biais de l’auteur, évoque les ombres et les gouffres noirs du récit d’une fin certaine. La dimension mystique du conte est préservée, vivifiée par des effets de lumières qui baignent dans une ambiance où le sombre et le presque invisible sont magnifiés. Le décor en deux niveaux est bluffant. La chorégraphie des comédiens rappelle que la partition s’occupe des corps, de leurs rencontres, et de leur fin. La pièce effraye lorsqu’elle nous emmène vers le supplice de Tintagiles

Il y a dans notre âme une mer intérieure où sévissent les étranges tempêtes de l’inarticulé et de l’inexprimable, et ce que nous parvenons à émettre en allume parfois quelque reflet d’étoile dans l’ébullition des vagues sombres. écrivait Maeterlinck. La mise en scène se veut une mise en corps de cette chose là, la chose, le Das Ding de Freud, la bordure de notre pensée, son reste inassimilable, irreprésentable. C’est la réussite de Géraldine Martineau qui s’approche au plus prés de ce Das Ding. L’expérience est forte, l’épreuve est contributive.

Sylvain Dieuaide interprète parfaitement la marionnette originelle du conte. Tandis que Ophélia Kolb, la sœur Ygraine nous laisse dubitatifs; elle se tient sans aisance à cet endroit d’une faille où le descriptible cesse de l’être; le spectateur ressent cette obstacle là où la comédienne semble dépassée par le texte, ou peut être est-elle notre représentante sur scène et à ce titre nous fournit-elle le garde-fou salutaire à notre chute dans le précipite de Maeterlinck.

A aller voir pour répondre à ce doute et pour la beauté de l’ouvrage.

Crédit Photos Antonia Bozzi

 

LA MORT DE TINTAGILES
de Maurice Maeterlinck
mise en scène Géraldine Martineau
avec Sylvain Dieuaide, Ophélia Kolb, Agathe L’Huillier, Evelyne Istria et les voix de Anne Benoit, Christiane Cohendy, Claude Degliame.

Durée: 1h15

Théâtre de la Tempête
Jusqu’au  22 octobre 2017
du mardi au samedi 20h30, dimanche 16h30