« La Ligne  » de Roland Shön : déambulation légère en Poésie

8 février 2016 Par Mathieu Dochtermann | 0 commentaires

Roland Shön et Théâtrenciel sont présents au Mouffetard jusqu’au 13 février pour montrer La Ligne Â, un très beau spectacle fait de finesse, de sensibilité et de poésie. Parler de théâtre de marionnettes serait peut-être réducteur, tant sont nombreuses les techniques employées. Une très jolie proposition, qui peut parfaitement se découvrir en famille.

Roland Shön est un artiste très complet, qui a tracé un parcours singulier, discret, persistant, élégant, inclassable, au sein de la famille des arts de la scène. Sans doute cela vient-il en partie du fait qu’il ne se cantonne pas à une discipline en particulier, mais qu’il les traverse toutes avec un brio presque désinvolte tant cela lui semble facile. Poète, plasticien, passionné de théâtre, psychiatre de formation, il instille un peu de toutes les formes qu’il maitrise ou qu’il croise dans ses œuvres. Le résultat est systématiquement étonnant, généralement traversé par une étrange énergie, comme apaisée, marqué au sceau d’une identité reconnaissable entre toutes.

La nouvelle création de Roland Shön n’échappe pas à la règle: La Ligne  est comme un long poème, un collier de perles dissemblables mais égrenées avec patience et amour par la main discrète du magicien. Oscillant entre conte symboliste et promenade onirique, le spectacle de 70mn puise une partie de son inspiration dans une œuvre graphique qui a marqué Roland Shön il y a maintenant plusieurs années: The Line, de Saul Steinberg. Le génie de l’artiste a été de réussir à s’inspirer de l’idée de cette ligne, étirée sur 29 feuilles de papier, agrémentée de mille petites scénettes s’appuyant graphiquement sur elle mais métamorphosant sans cesse son sens, pour la transposer à un spectacle de scène.

C’est ainsi que l’artiste convoque et entretisse de multiples techniques, dont il se sert pour faire naître les images qui composeront le récit. Rouleaux peints, films d’animation, peinture, masque, marionnettes diverses, récit conté, musique, la palette est aussi variée qu’impressionnante. Pour autant, le glissement d’une technique à l’autre est fluide, presque insensible, tant le spectacle est traversé par une douce harmonie, une unité de ton tranquille qui, telle la ligne de Steinberg, constitue le fil tendu le long duquel se passe la déambulation métaphorique.

Car le spectacle ici offert est aussi une déambulation immobile : une île lointaine, une ligne de bus mythique, un voyage initiatique nous sont narrés sans que jamais le voyage ne soit représenté, en lui-même. La succession des tableaux, le long des étapes du chemins, esquisse progressivement un paysage surréaliste et poétique. L’histoire semble linéaire, mais finit par se dissoudre dans les brumes de la poésie. Il faut, pour apprécier ce spectacle, accepter de se perdre, et renoncer à avoir une prise intellectuelle sur la proposition. Cet abandon consenti, on peut se laisser dériver au fil des images, en se laissant bercer par leur beauté individuelle, en tant que telle, le sens n’étant finalement que secondaire au plaisir des évocations et de l’imaginaire.

De ce spectacle tout en nuances et en délicatesse, chaque spectateur est libre de ressortir avec ses rêves, ses images, sa vision singulière, légère, de ce qui lui a été offert. Si bouleversement il y a, il ne saurait être que intérieur, paisible, contemplatif.

Peut-être, s’il fallait mettre un bémol, la musique constitue-t-elle le seul élément du spectacle qui soit moins précisément dans cette position de délicate suggestion, mais qui au contraire s’impose, en se déployant avec une vigueur qui détonne un peu avec le reste des propositions. Cela a l’avantage de dynamiser l’ensemble. Mais la rupture est parfois un peu brutale.

En somme, un spectacle surprenant, apaisant, poétique, dépaysant. Une esthétique de l’imagination sereine.

Signalons enfin que les espaces du Mouffetard, depuis l’origine, sont conçus pour accueillir des expositions temporaires, et qu’on peut justement y voir, et ceic jusqu’au 28 février, une exposition très intéressante de quelques objets créés par Roland Shön, complément idéal à la vision du spectacle.

Textes, peintures, masques, marionnettes, vidéos et interprétation : Roland Shön
Composition musicale : Jean-Jacques Martial
Musique en direct : Jean-Jacques Martial, Roland Shön
Regards complices : François Smol, Jean-Paul Viot
Lumières : Claude Couffin
Costumes et marionnettes : Aurélie de Cazanove

Visuels: (C) Paul Bonmartel


LAISSEZ UN COMMENTAIRE VIA FACEBOOK:

comments

Laissez un commentaire: