La famille en naufrage de Mikaël Chirinian

19 janvier 2017 Par
Amelie Blaustein Niddam
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L’excellent comédien Mikaël Chirinian se dévoile sur la petite scène du Théâtre Paris Villette, dans la salle blanche, nichée derrière le bar, un endroit où l’on se sent chez soi… mais chez soi, il arrive parfois que le cocon perde ses fils. L’ombre de la baleine est un bijou à aller voir d’urgence.

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Seul en scène ou presque, Mikaël Chirinian attaque fort : ‘ »(…) Comment peux-tu te tenir debout alors que tu es inutile (…). C’est une voix métallique qui sort d’un Imac dans le coin de l’espace. Au centre, le double de Mikaël, en marionnette attend. Le comédien est grand, barbu et tatoué. Pourtant, quand il campe les membres de sa famille, il est crédible, absolument. Il est la mère, juive mais qui ne le sait pas, qui enserre  ses rires dans ses larmes, et sa nostalgie de l’exil dans sa cuisine. Il est le père d’origine arménienne qui regarde des western non stop pour se rassurer : » Dans les western on sait qui sont les méchants, qui sont les gentils, c’est apaisant, je trouve ». Il est lui, Noël, marionnette et grand garçon, petit frère qui se sent de trop, et qui bouquine Moby Dick pour s’évader. Il est la sœur, folle, qui s’ouvre les veines, hurle et détruit la famille. Il est la grand-mère qui lui parle de sa mort sans pincette.

Alors, quand on découvre le titre du spectacle, L’ombre de la baleine, on reste interloqués. Une adaptation de Moby Dick ? Vraiment ? Il raconte : « Plus j’avançais dans l’histoire, plus le regard d’Ismaël m’apparaissait familier ; plus je travaillais, plus je reconnaissais l’obsession et la rage du capitaine Achab à s’évader de sa propre muraille…. La monstrueuse baleine blanche, je la connaissais bien, elle me menaçait depuis des années ».

Magnifiquement dirigé par Anne Bouvier, le comédien est d’une justesse solide. Il jongle, avec en guise de balles des anecdotes drôles ou terribles,  sans tomber ni dans le mélo, ni dans l’excès. Et pourtant l’exercice est casse-gueule : raconter ses histoires de famille, cela pourrait être voyeur ou trop personnel. Pourtant, il rend son récit très universel. « On a tous une histoire ». Et le noyau familial et le lieu par excellence où toutes les folies se donnent rendez-vous. Cela tient beaucoup au texte, co-écrit par Océanerosemarie qui sait choisir le mot pertinent. Élégant, percutant et sensible, l‘Ombre de la Baleine mérite les lumières du succès.

Visuel : © William K