La dernière heure d’amour de « Doreen » et André Gorz au Théâtre de la Bastille

9 mars 2017 Par
Amelie Blaustein Niddam
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David Geselson fictionne la réalité en croisant l’intime et la grande histoire. Après En Route Kaddish en 2014 qui racontait l’histoire de son grand père pionnier en Israël, il nous invite dans la maison de campagne de Gérard et Doreen. Une histoire d’amour comme une autre si Gérard n’était pas André Gorz et Doreen condamnée. 

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Le comédien, auteur et metteur en scène est un fan du penseur de gauche, écologiste qu’était Gorz. L’homme né en Autriche en 23 est devenu français sous le nom de Gérard Horst. Ami de Sartre, il a notamment écrit pendant la grande époque des Temps Modernes. En 1947 il rencontre Doreen qu’il trouve « belle comme un rêve ». Aujourd’hui nous sommes en 2007. Il y a un an Gérard a écrit et publié Lettre à D, une lettre d’amour de 60 pages à sa femme atteinte d’une arachnoïdite, une maladie incurable. Dans une heure, ils vont mourir ensemble car l’idée de lui survivre est insupportable.

Le spectacle permet de revenir sur leur histoire qui a duré 58 ans. L’enjeu pour David Geselson était d’adapter cette Lettre à D qui l’obsède depuis des années, en théâtre. L’idée géniale fut de nous transporter dans l’intimité de ce vieux couple aux colères intactes. Le public est assis partout autour d’eux. Nous sommes dans leur salon moquetté où une grande table est garnie de vins, de jus de fruits et de victuailles. Doreen (Laure Mathis) et Gérard (David Geselson) nous reçoivent chez eux, nous invitent à nous servir. C’est donc, avec un verre à la main et à grande proximité des comédiens que nous sommes les voyeurs de leurs disputes aux accents très intellectuels. Les livres de Léon Trotski, d’Hannah Arendt ou Claude Levi-Strauss croisent les traités de médecine et les articles sur l’esclavage automobile dans cette pièce à la lumière chaleureuse.

Boire un dernier verre, tous ensemble.

Le jeu de Laure Mathis est troublant. Au bord des rires, au bord des larmes, elle est au bord… Au bord de mourir, au bord de craquer, remuant son inconscient, racontant ses rêves cauchemardesques. Lui aussi est troublant car il sait parfaitement être sur le fil entre le réel et la fiction. Le duo nous fait oublier qu’ils ne sont pas Gérard et Doreen. Finalement, la lettre est peu utilisée, elle est à disposition, on peut la feuilleter, lui en lira des passages. Elle devient le prétexte a revenir sur les combats de Gorz. En interview, David Geselson le décrivait de la sorte : »Dans Doreen on vient vraiment raconter une histoire d’amour de gens qui sont très engagés politiquement. André Gorz est le père de l’écologie politique, c’est l’homme qui a pensé de manière très intéressante en France la réduction du temps de travail, la décroissance, la redistribution du travail… »

Doreen est un petit bijou, intime et émotionnel. Le resultat est dramatique sans être mièvre ni larmoyant. On sort de là amoureux d’eux, avec une envie de les cajoler. 58 ans d’amour au désir intact rempli de discussions politiques intenses, c’est un rêve qui valait bien un dernier verre tous ensemble.

Visuel : ©Charlotte Coman

Informations pratiques

Au Théâtre de la Bastille du 8 au 24 mars

À 18h30
Du 8 au 11 mars
Relâche le 12 mars

À 19h30
Du 13 au 24 mars
Relâche le 19 mars

Jeudi 16 mars à 19 h 30
Théâtre à lire autour de
Doreen

Samedi 18 mars de 14 h à 17 h
Atelier de jeu autour de
Doreen
avec David Geselson


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