« La cantatrice chauve » magnifiquement recoiffée au Belleville

5 août 2016 Par David Rofé-Sarfati | 0 commentaires

Chaque saison connait son adaptation de la pièce de Ionesco. Encore en  2016, une très jolie mise en scène de Laurent Pelly jouait la satire sociale façon Jacques Tati. Mais Eugene Ionesco pourchassait autre chose que la seule critique de la société bourgeoise. Homme de lettres avant que de théâtre, il cherchait à restituer l’absurde de notre existence et sa désolation ancrée dans la langue même . C’est chose faite au Belleville avec l’adaptation de Judith Andrés.

Dans un décor constitué de quelques chaises entourées de suspensions de dizaines d’horloges, le texte de Ionesco qui baigne dans le non-sens se présente à nous comme se présenterait une suite de SMS incohérents et entrecoupés de centaines d’émoticônes où chaque émoticône serait remplacée par un geste, une onomatopée, un mouvement de danse ou une grimace. Le talent de la mise en scène, et certainement ce qui fera date dans l’histoire des représentations de la pièce, assure à l’ensemble un rythme redoutablement efficace, peut être jamais encore égalé et une esthétique admirable.
Eugene Ionesco aimant le paradoxe disait de lui même qu’il était solitaire et agressif. Qu’il avait appris le théâtre par celui de Guignol où l’emmenait sa mère. L’humour grinçant de la pièce est là. Avec l’absurde burlesque et le paradoxe. Est là aussi le ratage de la langue qui semble dire mais ne dit rien car au fond il n’y a rien à dire. Judith Andrés et sa troupe de comédiens-mi clown-mi danseurs ont saisi, restitué et enrobé le texte par un admirable travail sur le rythme, la scansion et la coupure, ce qui assure notre attention et garantit notre plaisir de spectateur.

Les Martin et Smith sont sensass, la bonne et le pompiers épatants. On rit tout au long de la pièce. Au recommencement final, les Martin se substituent au Smith pour relancer l’insignifiant palabre et retentissent les applaudissements qui signent une réussite. La réussite d’une adaptation, d’une troupe. Mais aussi d’un lieu car le théâtre de Belleville apparaît une fois de plus (citons Iliade de Pauline Bayle, Ma Folle Otarie de Pierre Notte ou Fara Fara de Malick Gaye, entre autres..) comme une grande scène parisienne.

A découvrir et même à revoir plusieurs fois.

Texte Eugène Ionesco

Mise en scène Judith Andrès

Avec Judith Andrès, Arthur Cordier, Sara Lo Voi, Luca Teodori, Sophie Braem Vasco et Florian Vaz.


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