L’Inversion de la Courbe De Samuel Valensi au Théâtre de Belleville

13 septembre 2017 Par
David Rofé-Sarfati
| 0 commentaires

Le Théâtre de Belleville programme une pièce de Samuel Valensi, pièce vertueuse, moderne et jeune qui honore le lieu : L’Inversion de la courbe, satire politico-sociale sur fond d’une expérience de déclassement.

20431333_10155301088806999_1418942969543428212_nAu centre du plateau un vélo d’entrainement d’une salle de sport. Paul-Eloi, cadre supérieur  dans une entreprise performante détenue par un actionnaire s’obligeant à l’écoute du climat social car de ce climat dépend ses profits, s’entraîne sous les ordres du coach, il transpire, il se dépasse.  La vie de Paul-Eloi est en pleine croissance, il va recevoir une promotion, acheter un appartement, Mais un jour, un plus diplômé, plus motivé, plus rapide que lui va faucher sa carrière et Paul Eloi passera par le chômage, la dépression, la vente de son appartement, la commission de surendettement, la rue, la liquidation personnelle  puis par une lente reconstruction. Cette expérience révélatrice le transformera en lui dévoilant combien une société qui mesure, comptabilise, évalue, une société où  les activités des individus et par contagion les individus eux même se numérisent, se jaugent se pèsent et se soupèsent sans cesse, combien chacun pourra à son insu se déshumaniser.

Le propos est un peu convenu et forcement caricatural sauf que le jeune et prometteur Samuel Valensi dans les pas de celui qui l’inspire, Victor Hugo des Misérables et à l’instar de celui ci qu’il semble avoir adopté comme mentor cherche d’abord à donner témoignage -pour son travail d’écriture il est allé rencontrer chez les Petits Frères des Pauvres, les travailleurs pauvres, les déclassés-  à rendre compte plus qu’à dénoncer. Au spectateur, sollicité et actif grâce à une mise en scène ouverte, de l’aider à réintroduire de l’humanité là où avec application et imagination celle-ci a besogné à se retirer pour disparaître.

En appoint on assistera à une émouvante description des relations père-fils et à une très contributive analyse sur la langue et le signifiant, sur les mots vernaculaires et le jargon que celui qui oppresse invente ou choisit et que l’individu utilise sans s’alarmer que s’il y consent, il consent dans le même mouvement à se soumettre. Nous serons traversés, questionnés, encombrés par ces mots : l’inversion de la courbe.

Les jeunes comédiens défendent le texte avec cœur et Michel Derville (comédien confirmé encore ici et vu récemment dans Le cercle des Illusionnistes de Michalik, et Votre Maman de Grumberg) soutient la proposition.

Samuel Valensi un auteur à découvrir donc au Belleville.

à noter le Dimanche 24 Septembre Rencontre et débat
Avec Aude Selly, ex-DRH de Nike et auteure du livre Quand le travail vous tue et avec l’Association des Petits Frères des Pauvres.

L’ Inversion de la Courbe
De Samuel Valensi
Avec Michel Derville, Paul-Eloi Forget, Alexandre Molitor
et Maxime Vervonck
Mise en scène : Samuel Valensi, accompagné de Brice Borg
Lumières : Anne Coudret assistée d’Angélique Bourcet
Motion Design : Alexandre David
Musique : Léo Elso et Samuel Valensi
Scénographie : Julie Mahieu