Kairos, la Grèce ou l’Europe en tourmentes ?

22 avril 2016 Par Franck Jacquet | 0 commentaires

Le théâtre militant est un genre en soi. Kairos, conçu et réalisé par Bruno Meyssat, représente bien ses atouts et ses écueils. La pièce était représentée récemment à La Commune. La pièce sera reprise en d’autres institutions et conservera sans aucun doute toute sa verve pour ce qui est de dénoncer les politiques nationaux comme les institutions européennes autour de la crise grecque.

Note de la rédaction :

Une épopée contemporaine, la Grèce dans la crise

Tout commence par une scène d’intérieur : une femme mange péniblement et avec une visible colère un oignon dans un décor modeste, des tôles ondulées évoquant, mais comme dans un débarras, les colonnades représentatives du pays. Rapidement, en fond, une citation d’un eurocrate est projetée. A partir de là, elle se trouve, à l’instar des autres personnages principaux, prise dans l’étau d’une Grèce ballottée de plans de restructuration en négociations sur l’ajustement des politiques publiques. Si les gouvernants grecs changent, les institutions européennes demeurent. Tout part à l’encan : les meubles et les richesses du pays, symbolisées par quelques objets frustes sont bradés peu à peu ; la santé même de la population est atteinte. Ainsi le parallèle entre un dispensaire grec et la situation de l’Ouganda est osé…

On voit surtout les personnages figurés par trois comédiens principaux (quelques autres viennent les rejoindre pour une seconde partie) être maltraités par leurs dirigeants mais surtout par l’Eurogroupe, Dominique Strauss-Kahn puis Christine Lagarde ou encore des dirigeants de la France et surtout de l’Allemagne, au premier rang desquels Wolfgang Schaüble. Il faut aller jusqu’à se faire avorter et refuser l’enfantement dans ce pays à vau-l’eau… Très peu de dialogues ; la force des situations dramatiques doivent prévaloir durant l’heure du spectacle. Car Kairos n’en demeure pas moins un « jeu », glaçant certes mais qui laisse la place à une danse traditionnelle sur les décombres d’un pays ou à quelques pantomimes salutaires pour alléger certaines comparaisons et figurations.

Limites d’un théâtre politique

En effet, la dénonciation est sans appel. Les gouvernants européens et internationaux sont stigmatisés et à chacun de leurs discours retransmis et projetés, les Grecs subissent de nouveaux outrages, de nouvelles blessures. Il y a de la force dans ce théâtre résolument politique destiné à créer de l’empathie autour d’un peuple meurtri. On ne le nie pas. Pour autant, Bruno Meyssat ne parvient pas à passer au travers des difficultés du théâtre politique. Le théâtre politique est militant et argumenté, et alors ennuyeux le plus souvent.

Ici, il est animé, piquant, vif et il heurte. C’est sa force. Mais il ne convainc pas toujours à force d’outrances. En effet, sans être un partisan des recettes émises par les institutions pour redresser le pays, on ne peut que reconnaître que parfois des citations sont sorties de leur contexte (pas la fameuse phrase de Juncker laissant entendre que le choix démocratique n’est pas une option pour le peuple grec face au référendum de l’été 2015, phrase malheureuse qu’il regretta à plusieurs reprises publiquement) : quelques-unes peuvent être assimilées à de véritablement contournements de sens… La fin justifie sans doute les moyens d’une certaine mauvaise foi au service de la monstration. A force, on se demande si sont mis en accusation les membres de la troïka ou l’occupant de la Seconde Guerre mondiale… La gêne peut gagner. La pantomime à base de drapeaux français et allemands salis peut y participer. Il n’en reste pas moins que le propos est fort et marquant – Badiou présent ce soir se lève et applaudit bruyamment ; il amène à faire réfléchir et à trouver de vraies raisons et arguments, c’est déjà bien plus que bien des pièces dites engagées et qui tournent à vide. Ce n’est pas le cas, et cela suscite le débat. A suivre donc dans de prochaines salles de la région parisienne…

Visuel de couverture : Kairos, (c) Théâtre de la Commune.

Tarifs :  23 € tarif plein – 18 € +65 ans – 12 € habitant de Seine-Saint-Denis, demandeur d’emploi, -30 ans, étudiant, intermittent – 6 € -12 ans, non-imposable


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