« Jo&Léo » au Théâtre de Belleville : belle pièce d’atmosphère sur de belles vies pas très droites

8 février 2017 Par
Geoffrey Nabavian
| 0 commentaires

Elles marchent de travers, l’assument peu à peu, et nous inspirent : l’équipe qui nous offrit, en 2014, le spectacle Fugue en L mineure – Prix du public lors du Concours Théâtre 13-Jeunes metteurs en scène, la même année – nous livre une pièce qui suggère beaucoup, et nous entraîne au cœur d’une atmosphère curieuse, très belle.

jo-et-leoDès l’ouverture, la scénographie de Jo&Léo accroche. Ces deux pendrillons clairs, qui encadrent une rangée de tables et de chaises d’écoles, suggèrent un espace à mi-chemin entre le portail, la scène de théâtre, la salle de cours, et d’autres choses encore peut-être… Ils sont placés de travers, et de la vidéo va être projetée sur eux. Des images imprécises, qui figureront un cadre en excitant en même temps la curiosité. On commence à rêver. A partir ailleurs. Est-ce le souvenir de Fugue en L mineure, le précédent spectacle – Prix du public au Concours Théâtre 13 – du groupe d’artistes de ce soir – Chloé Simoneau, Lola Roskis Gingembre, Julie Ménard, Edouard Laug, Erwan Marion, Antoine d’Heygere à la vidéo… et leurs compagnons – qui vient nous visiter ? On retrouve ce goût pour les espaces de travers, totalement ouverts. On pénètre à nouveau dans ce petit labyrinthe de l’identité, ludique et grave, qui nous avait tant plu dans Fugue

Les héroïnes, Jo & Léo donc, sont deux lycéennes, qui vont sentir naître un amour entre elles. Deux comédiennes très, très aptes à passer d’un registre à l’autre vont prendre en charge ces figures. Avec, pour les soutenir, Romain Tiriakian, guitariste malicieux, très juste aussi dans ses prises de parole et ses rythmes corporels. Inutile de dire que le spectacle sera dynamique, et traversé par plusieurs tonalités. Mais sous l’énergie couve une dimension très intéressante. Le texte de Julie Ménard, écrit dans un style contemporain, fait effet grâce à ses suites de phrases, aptes à figurer en quelques mots une situation. Pas complètement figurative, cette écriture suggère des atmosphères, des ambiances, qui nous touchent beaucoup.

jo-et-leo-bisAu-delà du récit lui-même, donc, on voit, et on sent. Les vies qui nous sont décrites, sises dans une petite ville, apparaissent dans leur vérité et leur humanité. Éloigné des sentiments faciles, Jo&Léo figure un paysage un peu gris, mais capté dans toutes ses teintes, et sa vivacité. On se prend tout à coup à penser, un instant, aux grands réalisateurs passionnés de villes périphériques, et d’humanités en marge : Pedro Costa – tendance En avant jeunesse – ou Cristi Puiu, plutôt dans son versant Aurora. En plus accessible, bien sûr… On note une sobriété assez proche, quelque part : loin du « gris bonbon », cette pièce invite à regarder une légère grisaille très humaine. Associée à la scénographie d’Edouard Laug, la mise en scène de Chloé Simoneau, très ouverte, guère soucieuse de souligner, laisse à notre esprit tout le loisir de créer des liens avec nos vies, et de saisir des phrases marquantes au vol. « Il n’y a pas qu’une seule façon de s’exciter », ou « on aimerait des gens très intelligents, qui réfléchissent beaucoup, pour nous parler à travers la télé », ou des choses approchantes, lancées par les lumineuses Lou Bohringer et Lola Roskis Gingembre. Bon, on pourra noter un ou deux (petits) défauts. On aurait aimé aussi que cela dure plus, que la fin arrive plus tard. Même si elle reste cohérente, et vient donner une forme de conte à l’ensemble… Mais on aime beaucoup que ce spectacle, à l’atmosphère forte – merci également pour le travail sur la lumière et le son, dus respectivement à Frédéric Notteau et Erwan Marion – touche à l’universel, en ce qu’il cherche à décrire, au fond, des humanités qui marchent un peu de travers. On souhaite à cette équipe de continuer, longtemps encore, à creuser cette thématique.

*

Jo&Léo, de Julie Ménard. Mise en scène : Chloé Simoneau. Avec Lou Bohringer, Lola Roskis Gingembre, et Romain Tiriakian. Création musicale originale : Romain Tiriakian. Création vidéo : Antoine d’Heygere. Création sonore : Erwan Marion. Scénographie : Edouard Laug. Lumières : Frédéric Notteau. Administration : Filage, Marie Leroy. Production : collectif l a c a v a l e. Durée : 1h15.

A voir jusqu’au 18 février au Théâtre de Belleville.

Visuel : © collectif l a c a v a l e


LAISSEZ UN COMMENTAIRE VIA FACEBOOK:

comments

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *