[Interview] Isabelle Fruchart  » l’accouchement à l’hôpital est pensé d’avantage pour le confort des équipes médicales que pour le respect de la physiologie »

13 avril 2016 Par David Rofé-Sarfati | 0 commentaires

Isabelle Fruchart a joué dans une dizaine de pièces, a chanté dans un quatuor vocal a capella et dans un cirque en allemand. Elle a publié deux pièces : Le commandement de la louve et Journal de ma nouvelle oreille. Zabou Breitman l’a dirigée dans Journal de ma nouvelle oreille, spectacle qui s’est joué au Rond Point en juin 2015. Elle s’empare aujourd’hui d’un sujet ignoré : l’accouchement.

Elle a pris résidence pour écrire sa prochaine pièce, Tu enfanteras (titre provisoire) dans une maison de naissance, Le CALM qui dépend de la maternité des Bluets. Cette pièce parlera de l’accouchement, de l’héritage transgénérationnel, et de la découverte qu’une femme fait d’elle-même, de son corps et de ses limites. Il s’agira aussi de la différence entre douleur et souffrance, et au bout, de l’inconnu, du moment suspendu où la femme devient mère et où la généalogie s’ébranle, chacun remontant d’une place dans la constellation des générations.
TLC : Comment comprenez vous ce silence des femmes ?
Isabelle Fruchart : Du point de vu médical, l’accouchement à l’hôpital est pensé d’avantage pour le confort des équipes médicales que pour le respect de la physiologie. Alors que nous savons aujourd’hui qu’au moment de la naissance, le climat de stress ou de confiance qui entoure la mère, le bébé et le père, génère des sensations qui s’inscrivent à vie dans les cellules et conditionnent notamment les rapports que le bébé entretiendra plus tard avec le monde.
C’est un moment où la femme est ramenée à son animalité, et dans nos sociétés aseptisées, le corps de la femelle dérange. Il tranche avec les critères du corps policé, il ne correspond plus aux diktats de la séduction. On voudrait que tout cela se vive vite et bien, sans rien sentir. Passer à autre chose. Mais quand l’épisode est douloureux, il est souvent vécu comme une honte et il n’y a pas d’espace pour en parler. La femme se retrouve seule. Le bébé est censé la rendre heureuse et effacer tout le reste. Alors qu’il n’en est rien. Depuis le début, on lui intime de ne s’inquiéter de rien puisque le corps médical est là pour tout gérer. Mais c’est faux. Alors que ce moment de vie intime nous appartient, c’est à nous de décider comment le vivre. Encore faut-il en avoir les moyens.

TLC : Quel est votre engagement d’artiste ?
Isabelle fruchart : Me mettre à l’écoute de ce qui se vit et de ce qui se dit, le ressentir et le transformer dans mon écriture. Une maison de naissance est gérée conjointement par les sages-femmes et les parents. Chaque jour des couples viennent se préparer à l’accouchement (à raison de deux heures par mois au lieu des vingt minutes mensuelles à l’hôpital), et, depuis que l’expérimentation officielle a commencé début avril des bébés vont naître entre les murs du CALM. Pendant que j’y écrirai.
TLC : il y a aussi une dimension sociétale à votre écriture.
Isabelle Fruchart: je veux rendre compte par mon travail et ma création de l’univoque créé par l’absence de débat. Accoucher en maison de naissance, c’est choisir une alternative à ce qui est habituellement proposé à l’hôpital : c’est s’engager pour le respect du corps en apprenant comment il fonctionne et en lui donnant les moyens de s’exprimer, sans prendre de risque (est-il besoin de le préciser) et en restant ouvert à la médicalisation en cas de besoin. C’est refuser un statut de patient passif et devenir acteur d’un moment de vie intime et animal. Viser l’autonomie et la responsabilité, oui, c’est comme ça que j’imagine la vie citoyenne !

Isabelle Fruchart organise le 19 mai :
Soirée Colloque « Raconter l’enfantement »
Dans le cadre de la SMAR*
Lecture de récits de naissances issus des ateliers d’écriture.
Débat sur le thème « Raconter l’enfantement » en présence de différents auteurs : Arlette Farge, auteure de L’histoire des femmes en occident au 18e siècle, Désirée Frappier, auteure de la BD Le choix, et Agnès Desarthe, auteure du récit « Les mois les heures et les minutes » dans le recueil Naissances, et du roman Ce coeur changeant.
Signature de Mise au Monde, l’enfantement dans la littérature, essai d’Isabelle Fruchart publié aux éditions Emoticourt.
Lieu : Salle polyvalente de la maternité des Bluets, 6 rue Lasson 75012 Paris.

Crédits Photos © Marthemelle.com


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