[INTERVIEW] Philip Person nous parle de Ibsen au Lucernaire

30 novembre 2016 Par David Rofé-Sarfati | 0 commentaires

« Une maison de poupée »  du dramaturge norvégien Henrik Ibsen fut créée en 1879. Elle est inscrite au registre international Mémoire du monde de l’UNESCO. La pièce fut très appréciée par Freud qui la cite dans un texte fameux. Otto RANK, disciple de Freud, de son vrai nom Rosenfeld, prit comme hétéronyme le nom du gentil médecin de la pièce. La pièce est présentée aujourd’hui au Lucernaire, preuve de l’intérêt continu du public pour l’auteur norvégien et du lien de Philippe Person avec le lieu mythique parisien. A cette occasion, Philippe Person a accepté de répondre à nos questions.

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Philippe Person, vous êtes dramaturge, metteur en scène et comédien français tant au théâtre qu’au cinéma. Preuve de votre aisance dans les deux mondes cinéma et théâtre vous proposez en 2014 au Lucernaire dont vous êtes alors le Directeur la pièce Les enfants du paradis une adaptation théâtrale du scénario des Enfants du Paradis de Jacques Prévert. Vos deux dernières créations Les enfants du Paradis d’après Jacques Prévert, Le Journal d’une femme de chambre d’après Octave Mirbeau, créés au Lucernaire sont actuellement en tournée.

Début 2015, vous quittez la direction du Lucernaire et vous passez le relais à Benoît Lavigne que nous avions alors interviewé. En septembre, vous ouvrez une école de théâtre au sein du Lucernaire. Cette année vous montez une pièce de Ibsen au sein du Lucernaire. Quel est votre lien à ce lieu mythique qu’on associe encore à vous ?

Le Lucernaire est le lieu dans lequel j’ai débuté au milieu des années 80. Il y a des rencontres avec des personnes qui vont vous accompagner toute votre vie et puis il y a des rencontres avec des lieux. Le Lucernaire a « accompagné » toute ma vie artistique. C’est l’esprit qui régnait et qui règne, heureusement encore aujourd’hui qui m’a intéressé, un lieu hors-norme dans le paysage des théâtres parisiens, un lieu ou respire un vrai parfum d’indépendance et de création. J’ai eu la grande chance par la suite de le diriger pendant six ans, ce fut là une extraordinaire aventure et je suis infiniment reconnaissant à ceux qui m’ont permis de vivre cette expérience. J’ai tenté d’apporter à ma manière encore plus de liberté, d’aller parfois à contre-courant à une époque où toute la culture subissait déjà le poids des institutions et des financiers.
Effectivement Le Lucernaire a su rester lui-même dans une innovation continuelle en préservant les fondamentaux, en particulier une liberté de programmation. Pourquoi en être parti ?
Après six ans, j’ai souhaité arrêter, je pense qu’aprés six ans à la tête d’un lieu, celui-ci ou un autre, on commence à perdre de sa « fraîcheur », de son objectivité. Je suis pour que les directions de théâtre ne se prolongent pas plus, qu’on ne devienne pas « fonctionnaires « du théâtre … Mais mon attachement à ce lieu, mon rapport affectif avec lui est tel que je ne pouvais pas quitter les murs. Alors, j’ai créé cette école professionnelle de théâtre. Cette nouvelle expérience est fabuleuse et tellement enrichissante. Elle se veut à l’image du Lucernaire, exigeante, libre et passionnée.

Vos pièces et votre travail en particulier d’exploration du lien avec le public bénéficient d’un succès d’estime et on se pressera avec grande curiosité aux prochaines représentations (dés le 10 décembre) de votre mise en scène de la pièce d’Ibsen : Une maison de poupée. Cette pièce est très exigeante tant pour son texte que pour son sous-texte. Pouvez-vous nous dire un peu comment vous vous êtes saisi de ce texte ?
Cette pièce est un chef d’œuvre. Sous l’histoire, sous chaque phrase se cache effectivement un sous-texte. On ne finit jamais de l’explorer. Je pense que tous les acteurs, au fur et à mesure des représentations découvriront encore des nouvelles nuances et des nouvelles intentions. C’est une œuvre magnifique de …. liberté !!! La liberté de chacun, de chacune, de prendre en main son destin quelque soit sa condition. Ce n’est pas seulement une critique du monde bourgeois, ce n’est pas seulement une pièce féministe, c’est une pièce qui touche à l’universel.
Oui et de tellement de façon différentes ?
J’ai tenté dans la mise en scène de n’apporter aucun élément qui pourrait enfermer le propos dans telle ou telle époque, il n’y a pas besoin de référence au temps pour être touché par les propos de l’auteur.

Florence Le Corre joue Nora. Doit il y avoir un lien particulier entre la comédienne et le metteur en scène pour réussir à attraper la profondeur et la force du personnage de Nora ?

Pour toutes les pièces ou tous les rôles, le lien entre le metteur en scène et l’acteur est particulier. Il faut une grande complicité artistique, se comprendre vite et être certain que les acteurs ont compris dans quelle direction vous souhaitez travailler. Nora est complexe mais tous les personnages autour le sont aussi, c’est cela la richesse du texte. Chaque personnage autour de Nora a de « bonnes » raisons d’agir et de parler comme ils le font. C’est l’engrenage qu’ils vont mettre en place autour de Nora pour aboutir à la fin qui est remarquable. Pour Nora, c’est une grande montée progressive, à partir du moment où elle est exposée au chantage de Krogstad, vers sa liberté.

Oui, le rôle est une lente ascension vers un dénouement acméique d’où un travail d’acteur exigeant.
Florence Le Corre possède cette magnifique sensibilité d’actrice et la profondeur nécessaire au personnage. Notre lien particulier est déjà dans la vie puisque nous sommes mariés. Diriger sa femme, diriger ses amis, ses vrais amis, n’est en rien un problème, cela parfois va même plus vite, le fait de se connaître parfaitement fait gagner du temps, surtout au début du travail. Et l’on dit souvent que mettre en scène est un acte d’amour …..

Philippe, merci. On donne les dates, DU 7 DÉCEMBRE 2016 AU 21 JANVIER 2017 DU MARDI AU SAMEDI À 21H

Crédit Photo © Anastasia Bosio


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