[Interview] Jean Lambert-wild, à l’occasion du Festival International L’Union des Ecoles, à Limoges

12 juin 2016 Par Geoffrey Nabavian | 0 commentaires

Du 14 au 18 juin, Limoges accueillera la première édition de L’Union des Ecoles, Festival International des Ecoles de Théâtre mettant en avant les formations supérieures pour apprentis comédiens, à travers, notamment, des spectacles mettant en scène des élèves de toutes nationalités. La Suisse, la Côte d’Ivoire, la Géorgie et le Canada (Québec) seront représentés, aux côtés de deux établissements emblématiques français, situés à Agen, et Limoges. Après les passionnantes Francophonies en Limousin, ce nouveau rendez-vous s’annonce riche. Son fondateur, Jean Lambert-wild, directeur du Théâtre de l’Union, Centre Dramatique National du Limousin et de son Académie, nous l’a présenté.

Festival Union des Ecoles LimogesLimoges accueillant chaque année les Francophonies en Limousin, on s’imagine tout d’abord que ce nouveau rendez-vous ne va proposer des spectacles qu’en français… Mais a-t-on raison ?

Jean Lambert-wild : Comme le festival a une vocation internationale, nous n’allons pas nous limiter à la francophonie : nous projetons de présenter à l’avenir des pièces montées par des écoles japonaises, coréennes… La Géorgie fait partie de la francophonie. Mais cette année, le spectacle de l’Ecole de Théâtre – Université d’Etat Ilia, sera en géorgien, surtitré en français.

Aux côtés des Francophonies, ce nouveau festival va venir renforcer le rôle de Limoges en tant que place forte française dédiée à l’écriture et à l’art théâtral d’aujourd’hui…

Jean Lambert-wild : Nous voulons surtout que L’Union des Ecoles offre une place à la jeunesse qui fait vivre cet art théâtral. Ces élèves du monde entier vont présenter leur travail, mais aussi se rencontrer, et imaginer ensemble leur futur. D’autre part, beaucoup d’habitants de la ville vont héberger, de façon bénévole, ces jeunes en formation : nous souhaitons que la population vive aussi quelque peu cette expérience. Le Limousin, si on y regarde bien, a toujours été un lieu d’accueil : une grande partie des réfugiés de la Guerre d’Espagne y sont venus, il y a eu par la suite les personnes arrivées en France par boat people… La ville compte un melting pot fort. Lorsqu’on s’intéresse à l’histoire, à la mémoire et aux valeurs du Limousin, cette dimension d’accueil apparaît.

Certaines écoles supérieures d’art dramatique françaises mettent très en avant leurs échanges avec des écoles étrangères : l’Académie du Théâtre de l’Union de Limoges est de celles-ci. Le Festival va-t-il permettre aux élèves de témoigner de ces apprentissages à l’étranger ?

Jean Lambert-wild : Ce sujet sera abordé lors de la rencontre « Vision d’une école – Regards des élèves », où sera d’ailleurs présent le Directeur des études de l’Ecole de la Comédie de Saint-Etienne, qui donne à ses apprentis beaucoup d’opportunités d’expérience à l’étranger.

Depuis un an et demi, vous êtes à la direction de l’Académie de l’Union, Ecole Supérieure Professionnelle de Théâtre du Limousin. Alors qu’une promotion, entrée en 2013, est sur le point d’achever sa formation, quel est votre sentiment vis-à-vis de cette Académie ?

Jean Lambert-wild : Diriger une école est vivifiant, cette tâche oblige à se remettre en question, car pour transmettre il faut asseoir son identité encore un peu plus. Avec un tel poste, on se forme autant que l’on forme : j’ai cette chance-là aujourd’hui. Je suis également très heureux de pouvoir y rencontrer des individualités. Nous projetons, pour l’avenir, d’y renforcer la pédagogie touchant le geste, la voix, ou l’art du clown.

Jean Lambert-wildEn ce qui concerne les questionnements actuels touchant la baisse des moyens accordés à la création, entre autres, pensez-vous que l’échange soit une alternative ?

Jean Lambert-wild : L’échange est la seule alternative que l’on ait pour accroître notre vérité, tout d’abord, mais aussi pour l’insertion professionnelle : la première réalité de celle-ci est la rencontre. Il est important, comme disait Hector Berlioz, de « rencontrer sa génération et [de] voir comment elle fera une nation ». Bien sûr, au Théâtre de l’Union, nous gardons un regard attentif sur nos anciens apprentis, une fois qu’ils travaillent : nous avons ainsi coproduit plusieurs spectacles du collectif Zavtra [formé par les élèves entrés à l’Académie en 2010 et sortis en 2013]. Mais la cartographie des écoles que nous allons tracer va accroître, pour nos élèves, le territoire des possibles. Pour notre part, nous sommes heureux d’avoir, pour ce festival, un soutien régional : grâce à lui notamment, nous pouvons rompre le sentiment de centralisation qui guette parfois, en France, et montrer qu’en périphérie, des centres fonctionnent à plein régime.

Cette année, les six spectacles présentés au sein du Festival L’Union des Ecoles sont très divers : on y trouve des textes d’Anton Tchekhov, de William Shakespeare – par le Cégep de Saint-Hyacinthe notamment – mais aussi de Nathalie Fillion, de Gustave Akakpo – joué par un élève de l’Institut National Supérieur des Arts et de l’Action Culturelle d’Abidjan – ou une pièce écrite à partir de films et de poèmes arabes, proposée par la Manufacture, Haute école des arts de la scène (Lausanne – Suisse romande). Comment cette programmation a-t-elle été pensée ?

Jean Lambert-wild : Nous l’avons imaginée, moi et Catherine Lefeuvre, en opérant tout d’abord un choix d’écoles : nous voulions accueillir des établissements avec lesquels nous partagions des liens et des valeurs communes. Il s’est trouvé, ensuite, que plusieurs formes d’écritures étaient représentées au sein de notre sélection. Avec, tout de même, au centre des six pièces, la question de l’actorat. Nous sommes très heureux de compter dans ce programme Must go on, de Nathalie Fillion, pièce jouée par les élèves sortants de l’Académie de l’Union, représentée en mai dernier au Québec avec de beaux résultats.

Trois master-class seront proposées, avec Fargass Assandé, Nathalie Fillion et Paul Golub. Seront-elles ouvertes au public ?

Jean Lambert-wild : Les master-class du Festival verront les élèves de toutes les écoles travailler sous la direction de ces artistes invités. Pour cette première édition, elles auront lieu sans la présence d’yeux extérieurs, mais à l’avenir, nous les ouvrirons au public. Afin que tous les gens qui nous aident bénévolement y aient accès. Nous souhaitons que ce Festival International soit aussi le lieu de rencontres avec les spectateurs.

Le Théâtre du Jour – Théâtre Ecole d’Aquitaine, situé à Agen, sera là cette année, avec ses élèves. Son directeur et fondateur, le célèbre Pierre Debauche, dirigea lui aussi, de 1984 à 1986, le Théâtre de l’Union de Limoges. Cette invitation au Festival constitue-t-il un hommage à son encontre ?

Jean Lambert-wild : Vous savez, il est beaucoup revenu à Limoges. Il nous a notamment offert, en novembre 2015, une splendide soirée de rencontre, dans le cadre de la Capitainerie des langues (voir ici). Les valeurs du Théâtre du Jour – Théâtre Ecole d’Aquitaine d’Agen sont fortes. Et j’aime à dire que Pierre Debauche, qui est un grand artiste, a « l’humilité canailleuse », parfaite pour pratiquer la transmission.

Du 14 au 18 juin, outre les manifestations citées, la première édition de L’Union des Ecoles, Festival International des Ecoles de Théâtre, proposera également un débat titré « Egalité des chances – Une pépinière des possibles » où sera projeté le film d’Alice Diop La Mort de Danton, deux scènes nomades – le spectacle Beaub et la lecture du texte Tu iras la chercher - ainsi qu’un stage de danse-théâtre dirigé par Jean-Marc Hoolbecq, destiné aux élèves du Cégep de Saint-Hyacinthe (Québec). Informations sur le Festival à retrouver, en cliquant.

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Visuels : © Théâtre de L’Union, Limoges / © Tristan Jeanne-Valès


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