[Interview] Francis Peduzzi, directeur du Channel, Scène Nationale de Calais

9 juin 2016 Par Amelie Blaustein Niddam | 0 commentaires

Le 23 juin, à l’initiative du Channel, la scène nationale de Calais et de la Ville, Long-Ma fera une entrée monumentale dans la cité. Qui est ce dragon de 48 tonnes ? Nous avons posé la question à Francis Peduzzi directeur du lieu depuis 25 ans.

« Prétendre et postuler à un poste de direction est toujours un geste d’incertitude. Paradoxalement, les situations délicates rassurent (1990) ». Quelles étaient les situations délicates auxquelles vous pensiez il y a 26 ans ?

Je pense que ce que voulais écrire à ce moment-là c’est qu’il est toujours plus facile d’arriver dans un lieu où il y a des difficultés objectives avec un mauvais  bilan, plutôt que dans un lieu qui fonctionne bien.  Le bilan de mon prédécesseur n’était pas honteux, bien au contraire. Alors quand on m’a proposé le Channel,  j’ai au départ refusé, j’avais envie d’une situation à redresser.

Vous allez présenter à partir du 23 juin Long Ma, l’esprit du cheval-dragon par La compagnie La Machine, François Dela­­ro­­zière. Ce spectacle est un événement, une première en Europe, pourquoi à Calais ? Evidemment, le nom de la ville est associé à l’exil, aux réfugiés, est-ce en lien ?

Dans mon histoire personnelle c’est un suivi. En 1994 on a accueilli le Royal Deluxe, et leurs géants, Il y avait d’un côté le Royal Deluxe et de l’autre La Machine.  Ces compagnies appartiennent au patrimoine de notre lieu. Au départ, je n’avais pas programmé Long-Ma en ville. Cela nécessite d’autres budgets, c’est une autre échelle. J’avais juste l’idée et les moyens d’accueillir le spectacle au Channel et Calais m’a demandé de le faire en ville.  J’ai conscience que la proposition d’un spectacle comme celui-là raconte quelque-chose d’une ville qui veut donner une autre image d’elle même. Le nom de Calais est associé à « ville des migrants ». La projection que se font les gens de Calais est fausse, ce n’est pas la guerre civile, les migrants sont à huit kilomètres.  Je m’adresse à la population en entier.  J’espère que ce spectacle sera un lieu de fraternité, il n’y pas d’exclusion.

Quel va être le parcours du dragon ?

Ce spectacle est un spectacle dans l’espace public. Le premier jour, Long Ma sera au théâtre car le théâtre a un espace extérieur, ensuite il va se déplacer du Channel au cœur de la ville. Le channel est à la lisière de la ville historique mais il est au centre si on regarde la ville dans son ensemble. Nous sommes  150 mètres d’une sortie d’autoroute. Nous sommes  au centre et à la marge, cela nous correspond bien ! Dès que l’on sort les machines de l’enceinte du théâtre on accède aux espaces en commun :  les places, les grands axes passants.

Comment se comporte le public face à l’animal ? (Aux animaux même, puisque le dragon rencontre une araignée (38 tonnes) ! )

Le public le suit et il peut être aussi devant. Il y a une pratique de ce genre de spectacles dans cette ville, la foule se déplace avec l’animal lui-même et il y a un rapport d’intimité absolu avec cette machine. Ce qui est très poétique c’est que nous sommes au milieu d’une foule sans qu’il y ait de phénomène de foule. Ce sont des propositions qui peuvent toucher celui qui va au théâtre et celui qui n’y va pas, toutes générations confondues.

Parlez-moi de François Delarozière

Le Royal Deluxe a commencé à venir en 1994, j’ai rencontré François à ce moment.  En 1998, je lui ai demandé de concevoir une salle de spectacle, Le passager, et  quand a été déclenchée la restructuration du lieu où nous sommes aujourd’hui, ce sont d’anciens abattoirs, j’ai demandé à l’architecte Pa­trick Bou­chain de s’associer avec François Delarozière. Depuis longtemps, on co-produit ses spectacles : par exemple, La symphonie mécanique a été créée à Calais, il y a une fidélité, une amitié.

Que va-t-il se passer à Calais les prochains jours ?

Jusqu’au 23 juin,  le choses se passent a l’intérieur du Channel pour le montage et les répétitions. Ce qui donne la force et l’âme aux choses, c’est l’homme qui manipule la machine, mal manipulée elle ne dégage rien. Il faut ce temps de répétitions pour lui donner la majesté nécessaire, l’élégance, qu’elle soit capable de produire des sentiments. Le cheval dragon va se réveiller le 23 au Channel et va aller en ville le lendemain avec des surprises.  Il va y avoir un jeu de cache-cache entre l’araignée et le cheval, l’araignée qui a capturé le Temple du dragon, le dimanche, ce sera le final, le retour du Temple.

Informations pratiques :

Du jeudi 23 au dimanche 26 juin 2016, en journée

Sorties nocturnes, le vendredi 24 et samedi 25 (à la tombée de la nuit)
Final, le dimanche 26 dans l’après-midi. Le détail des horaires est ici.

Visuel : © Emmanuel Bourgeau


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