« Illusions » de Galin Stoev. Conjuration réjouissante

20 avril 2016 Par David Rofé-Sarfati | 0 commentaires

Galin Stoev nous avait charmés avec Les Gens d’Oz à la Colline. Sa mise en scène déstructurée donnait au texte une vie propre, le texte semblait traverser plutôt les personnages que les habiter.

Les gens d’oz privilégiaient les faux semblants. Il y a deux manières disaient ils, de tomber amoureux: en aimant, ou sans aimer. Ou du moins sans en paraître. « Illusions » déplie la mascarade de ce semblant. Ici l’amour a une forme imposée, il se doit d’être réciproque. Du moins, on conjure qu’il le soit et c’est joyeux.

S’emparant du texte puissant du russe Ivan Viripaev, Galin Stoev continue son travail d’écriture scénique. Il nous propose à nouveau une mise en scène où le texte est comme un personnage supplémentaire. Aux 13 comédiens qui vont venir s’en prendre et s’en déprendre, en chantant, dansant, en mélangeant les emplois, dans une ronde erratique le texte d’Ivan Viripaev donne son incandescence. Le spectateur est saisi par du terrible, du fascinant. et du joyeux. Avoir mis la régie sur scène, les comédiens quittant leur emploi pour piloter musique ou lumières est une idée épatante.  L’amour se doit-il d’être réciproque pour se déclarer amour, et en périphérie peut on accepter de l’énamoration qu’elle se fasse secrètement sans que l’autre ne l’apprenne, et enfin pourquoi l’amour est toujours un choix qui renvoie un éconduit contingent qui ne quittera jamais l’histoire.

Trois couples se croisent dans une enquête menée tambour battant par des jeunes comédiens (la promotion 2013 de l’Esad repéré par Galin Stoev a présenté en juin 2013 au Festival des écoles une création de Illusions; ils nous reviennent aujourd’hui devenus depuis professionnels) et chaque rebondissement est étonnant en restant familier. Dans un couple on est au moins quatre, chacun à son fantasme. Chez Viripaev, et c’est son génie, les quatre se dédoublent par l’illusion du semblant, se multiplie en huit. Trois couples, et huit par couple, une petite foule, la troupe conduit par Galin Stoev restitue cette foule désordonnée qui va tenter de faire rimer amour avec toujours, et le mot « toujours » renvoie à la mort, une mort qui vient toujours arracher le rêve, parce que l’un des deux survit,  du moins  temporairement.
Sombre et cynique, le texte donne lieu à une pièce joyeuse, souvent jubilatoire grâce à une mise en scène déstructurée, à un humour noir et absurde, mais aussi et surtout par l’engagement de la troupe, car si Galin Stoev réussit son coup, il y parvient grâce à l’énorme énergie irradiée par ce bouquet de talents généreux et attachants. Nommons les : Raphaël Bedrossian, Flora Bourne-Chastel, Elsa Canovas, Jean-Baptiste Florens, Sarah Glond, Lou Granarolo, Valentine Lauzat, Nelly Lawson, Marilou Malo, Pauline Masse, Jérémy Petit, Aurélien Pinheiro, Willie Schwartz  qu’il s’agit d’aller applaudir avant le 24 avril.

ILLUSIONS de Ivan Viripaev

traduction Tania Moguilevskaia et Gilles Morel (Ed. Les solitaires intempestifs)
mise en scène Galin Stoev
chorégraphie Jérémy Petit, lumière Pierre Montessuit assisté d’Elsa Revol
avec Raphaël Bedrossian, Flora Bourne-Chastel, Elsa Canovas, Jean-Baptiste Florens, Sarah Glond, Lou Granarolo, Valentine Lauzat, Nelly Lawson, Marilou Malo, Pauline Masse, Jérémy Petit, Aurélien Pinheiro, Willie Schwartz


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