« ICI, IL N’Y A PAS DE POURQUOI ! » de Tony Harrisson d’apres Primo Levi au Théâtre du Lucernaire

17 avril 2017 Par
David Rofé-Sarfati
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Ici, il n’y a pas de pourquoi ! est le témoignage poignant d’un individu arrêté et incarcéré dans un camp. Le roman témoignage de Primo Levi rescapé de Auschwitz fut adapté au théâtre par Levi et Pieralberto Marché. Tony Harrisson et Cécilia Mazur en ont fait un seul en scène comme une leçon d’humanité émouvante et universaliste.

primo0Le témoignage de Primo Levi fut d’abord un rapport technique commandé par les alliés pour décrire au mieux le fonctionnement du camp de concentration et du camp d’extermination. Le ton du roman en a gardé la littéralité.

Après avoir été rasé, tondu, tatoué, dépouillé de tout ce qui faisait de lui un homme, le personnage se dépersonnalise et s’il parvient à survivre c’est en assimilant les codes du camp et aussi grâce à une chance inouïe. Le jeu de Tony Harisson autour de son corps rend compte brillamment de ce décollement entre corps et pensée au moment où l’individu à force de déshumanisation et de déconscientisation en perd jusqu’à sa propre personne.

Construire un objet culturel autour du devoir de mémoire est périlleux car la Shoah reste un inracontable sauf à refuser toute symbolisation et figuration. La hollywoodienne « Liste de Schindler » grignote le réel de la cruauté nazi et l’odieux « La vie est belle » de Roberto Begnigni transforme la Shoah en une bouffonnerie du Festival de Cannes. Le péril était maximal.

Tony Harisson a su éviter ce deuxième anéantissement. Car par la scénographie minimaliste centrée sur le corps du comédien et par les percussions de Guitoti  la pièce se fabrique devant nous comme un rêve ou un conte; un songe où Harisson a choisi d’éliminer les éléments spacio-temporels, une voix off enregistrée finit de distordre le temps, et qui ainsi réussit à saisir l’horreur tout en faisant raisonner le texte de Primo Levi. Il doit en être remercié. La pièce est belle et vertueuse. De surcroît mais c’est certainement son premier propos Tony Harrisson parle directement à notre humanité. Une pièce définitivement tout public.

 

 

 

Interprète(s) : Tony Harrisson, Guittòti musicien de Hang
Metteur en scène : Tony Harrisson
Créateur Lumière : Dan Imbert
Co- Adaptation : Cécilia Mazur
Chorégraphe : Sonia Rugraff

1H05

Du 15 mars au 13 mai 2017  du mardi au samedi  à 21H00