Hortense Archambault : « Il y a beaucoup de barrières pour se rendre à des spectacles. Mon but est de les éliminer »

11 juin 2018 Par
Solene Paillot
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C’est une nouvelle saison qui débute à la MC93 de Bobigny (Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis). La directrice, Hortense Archambault, ancienne codirectrice du festival d’Avignon, repense le théâtre public et veut l’ouvrir à tous, qu’importe ses origines ou son âge. Entretien avec celle qui fait du théâtre un lieu à l’image de la population de son territoire. 

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La MC93 est repartie pour une nouvelle saison et vous rouvrez naturellement sur une création, La tour de Balbel de Natasha Rudolf. Ça fait bientôt un an que la maison de la culture de Seine-Saint-Denis a rouvert, comment se passe une création dans une maison toute neuve, tout est fait sur place, même les décors ?

Sur cette aventure tout est fait sur place. C’est une création d’une metteur en scène, Natasha Rudolf, qui a commencé il y a deux ans. Elle a travaillé à partir du territoire de Bobigny, de ses habitants et de la ville de Montreuil. En fait, le processus a été long puisque le texte a été écrit au cours des ateliers d’écritures menés à différents endroits de Bobigny. Depuis presque six mois nous organisons des ateliers réguliers car cette création mêle des professionnels et des participants amateurs, passionnés de théâtre, et également des novices. Il y aura plus d’une cinquantaine de personnes sur scène. À chaque aventure il y a une histoire particulière.

Dans ce programme deux chefs-d’œuvre vont être repris : La chambre d’Isabella et Un mage en été. Comment et pourquoi choisir de reprendre un spectacle qui n’est pas dans une dynamique de tournée ?

La maison de la culture a une mission d’initiation à la création contemporaine vis-à-vis du spectateur. C’est intéressant, de temps en temps, de pouvoir reprendre une aventure artistique forte et de la mettre en parallèle avec notre dernière création. Ici, pour La chambre d’Isabella nous allons présenter Guerre et Térébenthine une production de la Needcompagny de Jan Lauwers. Je trouvais ça beau de permettre aux spectateurs de voir deux projets et, de la même manière, pour Un mage en été, c’est une formidable opportunité de pouvoir reprendre les trois monologues que donne Laurent Poitrenaux dans la mise en scène d’Olivier Cadiot et Ludovic Lagarde. Le mélange permet aussi au public de se faire son propre regard et sa propre idée sur l’évolution de l’écriture et le jeu d’un comédien. Je pense que notre travail est de donner le plus d’éléments possibles pour que chacun puisse dessiner son propre chemin.

Quel est le fil conducteur de la saison ?

Pour cette saison il n’y a pas de fil conducteur bien défini. Je travaille beaucoup en faisant confiance aux artistes, en discutant avec eux. Cependant, tous les spectacles donnent un éclairage singulier sur notre monde. Certains sont directement liés à des débats d’actualité comme Mama de Ahmed El Attar avec la place de la mère dans un contexte égyptien ou comme Jérusalem Plomb Durci de la Winter Family qui porte sur la question de l’occupation israélienne des territoires palestiniens. Il y a aussi des spectacles qui sont moins liés avec notre société mais, qui permettent de nous raconter des choses.

Votre nom est assez associé à Avignon. Vous avez imposé de nouvelles formes performatives et esthétiques quand vous étiez co-directrice du festival. Est-ce que vous voulez aller dans ce sens la à la maison de la culture ?

Je pense qu’il faut continuer de présenter ce qui se passe dans l’art contemporain et il y a forcément une continuité car ma vision des choses n’a pas changé. Le théâtre a pour fonction d’aider chacun ainsi que la société à se regarder. D’une certaine manière, j’ai l’impression que j’ai fait faire des propositions avec des esthétiques très diverses mais, j’ai envie que tout le monde se promène dans ces esthétiques. J’ai aussi à cœur que la Maison de la culture s’adresse à un maximum de personnes différentes, d’âges différents, de niveau d’appréciation du spectacle vivant différents, de socle traditionnel et culturel différents, de niveau sociaux différents …  Ce qui m’intéresse par-dessus tout, c’est de faire que le théâtre public redevienne un endroit de rassemblement, un lieu que les gens s’approprient.

Le théâtre public a vu les prix de ses places augmenter ces dernières années, que voulez-vous proposer à Bobigny, quelle est votre pensée au niveau de la billetterie et des abonnements ?

Il y a beaucoup de barrières pour se rendre à des spectacles. Mon but est de les éliminer le plus possible et cela passe évidemment par le prix des places. Nous avons décidé de supprimer les abonnements et de conserver uniquement le laisser-passer illimité. Les gens paient sept euros par mois pendant au moins dix mois et peuvent assister à tous les spectacles qu’ils veulent. Cette nouvelle formule correspond au plus grand nombre, même aux familles les plus modestes.

Dans le même axe, quels sont les espaces de vie en dehors des spectacles à la MC ?
Il y a beaucoup d’ateliers pratiques, nous faisons de nombreux appels à la participation pour des projets artistiques pour lesquels les artistes ont besoin d’avoir des collègues de parole, des ateliers… Le hall de la maison dispose désormais d’un restaurant ouvert à tout le monde tous les après-midi et les soirs de représentation. Cela a pour but de créer un espace de vie très agréable.

visuel : ©Ilka Kramer

Questions : Amélie Blaustein Niddam

Interview et retranscription : Solène Paillot