« Horror » de la compagnie Stichting Pels : un déluge de clichés

1 avril 2016 Par Geoffrey Nabavian | 0 commentaires

Un film d’horreur sur une scène de théâtre. C’est tout. Sans grand intérêt, ce spectacle ne propose qu’une visite pédagogique qui fatigue vite.

Note de la rédaction :

HorrorOn a beau chercher, on ne trouve qu’un seul interêt à Horror : placer face aux spectateurs des effets de film d’épouvante, sans le filtre de la caméra. Pourquoi pas : on aurait pu mesurer à quel point ces procédés sont en fait réalistes, ou trop exagérés parfois, et nous renvoient à des peurs bien réelles. Sauf qu’ici, l’idée débouche sur un échec. Car les effets choisis sont étouffés par une mise en scène illustrative, qui caricature les tics du cinéma d’horreur.

Que va-t-on voir ? L’histoire, quasiment muette, de deux gars et d’une fille qui s’installent dans une maison en forêt, en réalité hantée par une femme victime, il y a longtemps, d’horribles parents. Présences fantomatiques, puis scènes de possession, de mutilation, et enfin, apparition des esprits… Une trame classique de film d’épouvante, en somme. Bien trop classique : en 2016, le genre horrifique avance, il se casse encore la tête pour inventer de nouvelles façons d’effrayer. Ici, on va voir passer des scènes de films qu’on connaît : L’Exorciste, et sa descente d’escalier façon araignée, ou Ring, et sa télé hantée, ou [Rec] et sa technique caméra au poing… Mais il n’y aura aucune mise à distance, ni aucune perspective ouverte. Car la mise en scène, loin d’être moderne, donne à l’univers des allures de musée. Pourquoi avoir souligné tous les effets par une musique ? Nous ne sommes pas au cinéma… Quand, vers la fin, le heavy metal vient en fond sonore, on demande grâce. Employé comme ça sur une scène, sans aucune distance, il devient un pur cliché.

De même, pourquoi les comédiens jouent-ils de manière aussi figée ? Les acteurs de films d’horreur ont une petite palette, tout de même… Et les personnages… sont de vrais personnages, pas des marionnettes. Mention spéciale ici aux parents indignes, insupportables pantins dénués de chair. Et pourquoi n’y a-t-il pas plus de jeu physique ? Mis à part une possession stimulante, avec main qui devient vivante, les interprètes n’ont pas de passage où ils jouent, vraiment, avec leurs corps. Ils restent très en surface…

Ces comédiens semblent être dans l’exécution, pas dans le jeu et le dialogue. Et les effets les étouffent : à la suite du moment de possession, on regrette qu’une main robotisée – dont on entend les bruits électroniques – intervienne, sans plus de raison que celle de… de…

Si vous voulez découvrir les ressorts, les qualités et les faiblesses du cinéma d’horreur d’aujourd’hui, allez voir les films en salles actuellement. S’ils ne sont pas tous bons, ils n’en sont pas moins ancrés dans les thématiques et les moyens techniques propres à notre époque. Revoyez par exemple Mister Babadook (critique ici), vrai essai horrifique, doté d’un fond très riche. Ou The Descent, ou encore It follows… Des oeuvres modernes, qui font des tentatives, vis-à-vis du genre. Et côté théâtre, testez le travail des collectifs Institutet et Nya Rampen, qui, dirigés par Markus Öhrn, ont signé l’extraordinaire spectacle Conte d’amour. Tendu entre vidéo, impro et film d’horreur psychologique tantôt réaliste, tantôt fantasmatique. Un grand essai risqué.

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Horror, un spectacle de la compagnie Stichting Pels, mis en scène par Jakop Ahlbom. Présenté à la Villette, au Festival 100% .

Visuel : © Sanne Peper


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