« Gros mensonges entre amis » à l’Auguste théâtre : saurez-vous démêler le vrai du faux ?

28 mars 2017 Par
Magali Sautreuil
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L’Homme entretient avec le mensonge une relation particulière. Il le condamne, mais ne peut s’empêcher d’en dire. Alors pourquoi ne pas en rire avec une troupe de comédiens talentueux et dynamiques ! Du 19 mars au 23 avril, à l’Auguste théâtre, à Paris, on se dit de « Gros mensonges entre amis »…

guitry

Mais avant le levée du rideau et en préambule à ce qui vous attend, on vous annonce la couleur avec le monologue du « Menteur » de Jean Cocteau, interprété par Lionel Fernandez. On ne saurait d’ailleurs trouver meilleur interprète. Charmeur, il ment comme il respire. Pourtant, ce brave menteur ne trouve aucun plaisir à mentir. Il est obligé de le faire, puisque la vérité ne l’aime pas et le fuit. Ainsi est-il bien dans l’embarras, car, ne dit-on pas que le mensonge apporte plus d’ennuis que la vérité. Néanmoins, le mensonge possède quelque chose de sublime que la vérité n’a pas : il donne à croire et stimule notre imagination.

Selon Sacha Guitry, « Le plaisir de mentir est une des grandes voluptés de la vie (« Mon père avait raison », 1919). » Avec un tel penchant pour le mensonge, nul autre auteur que ce dernier aurait pu mieux nous parler de ce sujet. Ce n’est pas une, mais trois de ses pièces, qui ont été choisies, pour nous montrer le mensonge dans tous ses états ! Voici donc réunies pour la première fois ensemble, dans un seul et même acte, « L’école du mensonge », « Villa à vendre » et « Une paire de gifles » !

Le mensonge est inhérent à la nature humaine. On ment pour toutes sortes de raison, pour tirer profit d’une situation, pour ne pas blesser quelqu’un ou encore pour se sortir d’un mauvais pas.

Dans « L’école du mensonge », un pauvre metteur en scène est soudainement assailli d’appels téléphoniques. Le journal du dimanche a fait paraître à son insu une annonce indiquant qu’il cherchait des comédiens pour sa prochaine pièce. En apprenant cette nouvelle, deux de ses voisines d’immeuble, Sylvette Ferrand et Gisèle Urbain, lui réclament avec insistance une entrevue. Tout d’abord embarrassé, notre cher metteur en scène accède finalement à leur requête en leur faisant passer une étrange audition. Un bon acteur étant un bon menteur, nos deux prétendantes devront montrer leur savoir-faire en la matière !

Mais il n’y a pas que sur scène que l’on ment ! Le monde des affaires n’est pas en reste. Le marchandage ne serait-il pas un synonyme lui-aussi de mensonge ? En tout cas, c’est ce que nous à voir la pièce suivante : « Villa à vendre ». Prise probablement à la gorge par ses créanciers, une grande bourgeoise désargentée doit vendre à tout prix sa villa située en région parisienne, à Nogent-sur-Marne, près de Joinville, « le Hollywood français » de l’époque. Malheureusement pour elle, le temps passe et personne ne daigne acheter sa bicoque, surtout au prix qu’elle en demande ! Mais la chance finit par lui sourire et un beau jour se présentent deux acheteurs potentiels : un couple et une actrice américaine ! Entre jeu du chat et de la sourire et talents de bonimenteur, tout le monde pourrait tirer bénéfice de l’acquisition de cette villa, en particulier un certain Gaston…

Enfin, on ne saurait parler de mensonge sans évoquer l’adultère. Dans « Une paire de gifle », un mari cocu au nez fin va s’immiscer dans les affaires de sa femme et de son amant pour mieux se jouer d’eux, tout en faisant preuve d’un certain fair-play. Deux hommes ne sauraient en effet être de trop pour donner à une femme la somme d’amour dont elle a besoin ! (Sacha Guitry. « Le veilleur de nuit » de 1911)

Saluons ici le choix judicieux de ces trois pièces de Guitry et du monologue du « Menteur » de Cocteau. Leurs textes sont d’une extrême modernité, les histoires qu’ils racontent et les réactions qu’ils suscitent sont profondément humaines et d’une incroyable vraisemblance.

Véritable patchwork, le spectacle parvient néanmoins à nous faire oublier cela. Tout s’enchaîne à merveille et sans aucune transition. Les acteurs sont remarquables et parviennent à switcher sans difficultés entre leurs différents rôles.

Outre la performance du jeu d’acteur, cette pièce constitue également une bonne initiation à l’univers de Sacha Guitry et saura vous donner envie de découvrir ou de redécouvrir cet auteur de génie !

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Lionel Fernandez

Caractéristiques :

Titre : « Gros mensonges entre amis »

Genre : Théâtre contemporain / Humour

Auteur : Sacha Guitry, Jean Cocteau

Metteur en scène : Lionel Fernandez

Artistes : Fanny Lucet, Raphaelle Lenoble, Anna Rostain, Thierry Liagre, Lionel Fernandez, Zina Khakhoulia, Anne Ségolène

Lieu : L’Auguste théâtre – 6 impasse Lamier – 75011 Paris

Horaires et dates : Du dimanche 19 mars au dimanche 23 avril 2017, à 21h

Durée : 1h30