« fucking happy end – cabaret insurgé » de sarah fuentes aux Deschargeurs

12 avril 2017 Par
David Rofé-Sarfati
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Sarah Fuentes propose aux Déchargeurs une lecture intelligente, déjantée et faussement potache de Peau d’âne pour un moment de music-hall et de théâtre, comme une parade de personnages évadés de l’univers des contes, donc sans psychisme mais pas sans mérite.

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La version de Charles Perreau du conte populaire Peau d’Ane se résume ainsi: l’héroïne se déguise et s’avilit pour échapper à l’inceste. Devant un beau trône royal à têtes de mort et en tenues baroques le roi et la reine se querellent. Bientôt la reine va mourir abandonnant le roi à son veuvage et à sa promesse de se marier avec la plus belle femme du royaume. Et cette femme sera sa propre fille. Le roi doit épouser sa fille.

Un conte ressemble au souvenir laissé au réveil par un rêve, la propostion de Fucking Happy End adhère à cet onirisme. Caractéristique habituel d’un rêve, la censure est ici dans le renversement car on raconte la quête d’un père pour ne pas raconter le désir œdipien d’une fille. Le conte commence et très vite la mère meurt laissant le champ libre à tous les fantasmes de la fille. Comme dans un rêve les significations sont toujours doubles. Les robes séduisent et éloignent, les costumes imaginés par Renée Guirao sont aussi beaux que déguenillés. La laideur de la peau d âne cache la grande beauté de la fille. Sans le passage à l’acte de l’inceste loin du désir du père l’héroïne chez Fuentes, brillante intuition, finira dans un bordel.

En tuant l’âne, qui défèque de l’or, de l’or dur, le père perd sa fortune et avec elle une partie de sa puissance; en même temps la fille se pare de cette chose venant du père. Recouverte de la peau du père, elle commet l’inceste par procuration. La pièce par petites touches érotiques et par quelques grivoiseries pose cette dimension. Dans cette dimension le conte qui raconte cela en se défendant de le dire est une parade à l’inceste.

D’une parade à l’autre Sarah Fuentes nous propose une parade de personnages drôles et loufoques. La pièce a tout compris de la cruauté de l’intrigue dans son texte et son sous texte. La pièce est formellement réussie avec ses costumes originaux, la riche scénographie et les acteurs impliqués dans la mise à distance de ce qu’est ce conte : une terrible tragédie psychologique dont, et c’est la proposition de la géniale Sarah Fuentes, il ne nous reste qu’à en rire. Ainsi la pièce est drôle parfois hilarante.
Un rêve est toujours infantile, pluriel et incohérent. Sarah Fuentes respecte ce biais dans une lecture  destroy et sa parade est admirable et éclairée.  Les personnages n’ont pas de psychisme car ils sont personnages de conte et qu’ils s’emploient à alimenter nos imaginaires.Toutefois parfois les personnages de Fuentes jouent avec le public pour nous rappeler que personne n’est dupe. Épatant.

 

 

Texte : Sarah Fuentes
Mise en scène : Sarah Fuentes Jan Oliver Schroeder
Comédien(s) : Ludovic Chasseuil Maud Imbert Sarah Fuentes Jan Oliver Schroeder
Musique : Pili Loop
Décors : Carolina Spielmann Renée Guirao
Costumes : Sho Konishi

Théâtre Les Déchargeurs
 3 rue des Déchargeurs
75001 Paris


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