[Festival MARTO] « Whispers », spectacle inspiré pour danseuse hantée

27 mars 2016 Par Mathieu Dochtermann | 0 commentaires

Whispers, c’est une oeuvre intense et crépusculaire, terriblement belle et terriblement inquiétante en même temps. Sur le plateau, Nicole Mossoux, danseuse mais aussi manipulatrice, et surtout les multiples fantômes qui la visitent. L’obscurité, la musique et les bruitages jouent un rôle central dans la mise en place d’une ambiance indescriptible, à la limite du film d’horreur. Une grande réussite, émotionnellement puissante, visuellement magnifique.

Note de la rédaction :

Whispers, ou “murmures” en anglais. Ici, en guise de murmures, l’espace est certes parfois traversé de chuchotements, mais il peut tout aussi bien être déchiré par des hurlements, ou des sons bestiaux ou dissonnants. Si L’Exorciste avait été porté sur un plateau, pour être incarné par une unique interprète, on s’imagine que cela ressemblerait un peu à cela. C’est un hommage rendu à l’efficacité de Whispers: le spectacle établit efficacement et durablement une inquiétude craintive, une disposition d’esprit chez le spectateur qui le maintient au bord de son fauteuil, les nerfs à fleur de peau, mais avide d’en voir davantage.

Et pourtant, ce qui se passe sur la scène n’est pas ouvertement spectaculaire. Point de d’hémoglobine, pas vraiment d’effets spéciaux. Mais des gestes désordonnés, qui font penser que Nicole Mossoux est visitée par plusieurs esprits, qui la possèdent. Des apparitions subreptices, tantôt ectoplasmiques, tantôt nettement incarnées: chemises de nuit animées, créatures duveteuses aux mains balladeuses, les apparitions sont énigmatiques, inattendues, et semblent plus soucieuses de s’emparer des attributs féminins de la danseuse que de son âme.

Le spectacle est étrange et habité, de bout en bout. La menace n’est jamais précise, il n’y a pas d’histoire à suivre, mais la tension dramatique est présente de la première à la dernière seconde. La gestuelle précise de Nicole Mossoux est mise au service d’une recherche sur le corps dans ce qu’il peut créer d’inquiétant: mouvements saccadés, positions désarticulées, postures anormales, tout concourt à entretenir le malaise du spectateur. Nicole Mossoux se métamorphose d’une possession à une autre, d’un tableau à un autre: parfois petite fille, parfois femme-oiseau, parfois pantin désarticulé, elle reste inquiétante même dans les danses les plus sensuelles.

La mise en scène y contribue efficacement. Le plateau est presque vide, à part une sorte de podium en escalier en fond de scène. Les lumières sont extrêmement ténues et froides, et l’obscurité, selon qu’elle recule plus ou moins, selon qu’elle choisit de dissimuler au regard telle partie du corps ou telle partie du plateau, constitue une entité à part entière dont la présence tangible accompagne tout le spectacle. Les bruitages, inquiétants, tantôt organiques, tantôt minéraux et froids, sont extrêmement réussis. La musique est digne d’un film d’horreur.

Au final, on retiendra de ce spectacle son ambiance si puissamment étrange, et la performance gestuelle de Nicole Mossoux, dont la précision et la concentration totale rendent crédible – et donc inquiétante – la possession. Peut-être le spectacle s’essoufle-t-il un peu dans la longueur. Peut-être aussi les bruitages sont-ils finalement trop présents, comme pour créer par le son une atmosphère angoissante qui existe pourtant déjà par le geste de la danseuse-manipulatrice; cela pourrait dénoter un manque de confiance dans l’intensité de ce qui se passe sur le plateau, et ce serait à tort.

Une expérience forte, singulière, inquiétante, une oeuvre aussi esthétique qu’intense, c’est ce à quoi le spectateur de Whispers est convié. Un spectacle qui a toute sa place dans le festival MARTO, mais qui mérite d’être vu par un public beaucoup plus large.


WHISPERS par THEATRE71

Concept, chorégraphie et interprétation: Nicole Mossoux
Mise en scène: Patrick Bonté, Nicole Mossoux
Musique originale live: Mikha Wajnrych (objets sonores) et Thomas Turine (composition électroacoustique)
Costumes: Colette Huchard
Maquillage: Jean-Pierre Finotto
Scénographie: Johan Daenen
Lumière: Patrick Bonté
Direction technique: David Jans

Visuels: (C) DR


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