[Festival MARTO] « Skazka », conte poétique aux accents slaves

22 mars 2016 Par Mathieu Dochtermann | 0 commentaires

Le festival MARTO s’est ouvert ce vendredi 18 mars avec deux spectacles: l’un, Lady Macbeth, Reine d’Ecosse, a déjà été chroniqué ici; l’autre, Skazka, se joue jusqu’au mardi 22 mars à Clamart au théâtre Jean Arp, et vaut très largement le détour. Il signe le retour de Polina Borisova, artsite de grand talent, qui revient là avec un conte étiologique aux consonances slaves (« skazka » signifie « conte » en russe…) mis en scène avec une maîtrise parfaite et une imagination qui semble ne connaître aucune bride…

Polina Borisova est souvent présentée comme une prodige de la marionnette et du théâtre d’objets, et cela n’est pas immérité. Née dans une famille de marionnettistes en Sibérie, elle est passée par l’Académie nationale d’art théâtral de Saint-Petersbourg avant de compléter sa formation à Charleville-Mézières: autant dire qu’elle bénéficie des bases les plus solides. La fluidité et la précision de ses manipulations rivalise avec celles des plus grands. Mais, surtout, elle a su insuffler à ses spectacles une dimension personnelle très forte, faite de fantaisie délicate et de poésie incarnée. Sa marque de fabrique est de se mettre pleinement en scène, jouant autant qu’elle manipule, en ne s’interdisant aucune technique, mêlant avec une imagination débordante marionnettes et objets.

Le spectacle Skazka, créé cette année, n’échappe pas à ces constantes. Polina, en partie grimée, occupe en permanence le centre de la scène, même si elle arrive avec une aisance folle à diriger l’attention du spectateur sur les objets qu’elle lui désigne. Son jeu est très surprenant, très drôle parce que parfaitement assumé. Il faut une sacrée présence, et un soupçon de folie, pour incarner une figure mythologique génératrice! Au-delà, les deux marionnettes mises en jeu sont incroyablement expressives, et superbement présentes dans leur capacité à improviser une interaction avec le public. Les objets, quant à eux, sont astucieusement sollicités… et parfois manipulés par les marionnettes!

Mais ce qui prend, surtout, et ce qui reste, après avoir quitté la salle, c’est la créativité débordante, presque magique, de l’artiste. Mise en scène dans une sorte de petit castelet biscornu et poétique de sa construction, autant décor que cadre aux manipulations, l’histoire exposée sans aucun mot est aussi folle et improbable que lisible et sensible. Tout, depuis l’utilisation astucieuse des matières jusqu’à la narration elle-même, respire l’inventivité. Jusqu’au final, dont on ne révélera rien, où le personnage démiurge de Polina, qui incarnait une sorte de Gaïa, se transforme en Femme-Oiseau, et où le destin du monde se joue entre des créatures dont les spectateurs n’ont sans doute jamais vu l’équivalent…

Par sa capacité à rêver, puis à incarner ce rêve sur scène, Polina Borisova mérite d’être saluée comme une grande figure du théâtre d’objets et de marionnette. Skazka est un spectacle amusant, fort et sensible, qui peut convenir à toute la famille… autant ne pas s’en priver!

Teaser de Skazka, de et avec Polina Borisova. Ce conte de marionnettes est programmé du 18 au 22 mars 2016 au théâtre Jean Arp de Clamart (informations et réservations : http://www.theatrejeanarp.com/saison/fiche_spectacle.cfm/217706_skazka.html)

Mise en scène et interprétation : Polina Borisova. Conseiller à l’écriture : Anna Kuznetsova. Régie : David Claveau.

Réalisation : Et d’eau fraîche (Thomas Delepière et Mathilde Damour)

 

Conception: Polina Borisova
Conseiller  à  l’écriture: Anna Kuznetsova
Interprète: Polina Borisova
Régie: David Claveau

Visuels: (C) Giorgio Pupella


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