[Festival d’Avignon] Angélica Liddell dans une performance tentaculaire

9 juillet 2016 Par Christophe Candoni | 0 commentaires

Avec ¿Qué haré yo con esta espada?, la stupéfiante performeuse espagnole fait un retour réussi au Festival qui l’a révélée en France. C’était en juillet 2010 avec – déjà – un spectacle fleuve, La casa de la fuerza, donné dans le même Cloître des Carmes. Inaltérable, elle fait toujours entendre avec force sa rage bileuse et sa douleur désespérée dans une nouvelle pièce aux dimensions largement picturales et opératiques qu’elle signe comme un rituel de corps et de morts où s’offrent chair, sécrétions et éructations.

Note de la rédaction :

Spectacle après spectacle, la scène est toujours un exutoire furieux et impudique pour Angélica Liddell, un libre espace de profanation et de consolation. Il faut reconnaître qu’avec le temps, le choc provoqué par la découverte de cette artiste s’était finalement émoussé. Elle semblait se répéter, n’avoir plus rien à dire. Elle revient à nouveau très inspirée et livre une pièce somptueuse, à ce jour, la plus belle esthétiquement.

C’est une très grande réussite que ce long rituel primitif et cannibale ponctué de chants, de musiques et de danses où exultent comme dans une orgie des corps dénudés puissamment érotiques et mortifères. Huit jeunes filles à la blondeur et la blancheur botticelliennes ont vite fait de se défaire de leur strict uniforme noir pour exposer avec vitalité leurs formes, leur sexe, et entrer dans une incroyable transe sensuelle et nerveuse, un tableau organique comparable au travail de Jan Fabre. Dans un état spasmodique, elles se fracassent contre le sol, se caressent et se flagellent avec des tentacules de poulpes visqueux. Sous l’autorité ferme d’une geisha pareillement nue, maîtresse de cérémonie silencieuse aux gestes élégamment éthérés, des artistes nippons  rencontrés à Tokyo psalmodient et rythment parfois jusqu’à l’épuisement la représentation de leurs arts traditionnels et spirituels. Malgré d’inévitables longueurs et des complaisances kitsch totalement assumées, on retient nombre de fulgurances.

Inspirée de faits divers sanglants et sordides (dont les récents attentats parisiens) comme de sublimes pages littéraires et musicales, l’auteure, metteuse en scène et interprète, s’embrase au cours de diatribes violentes et use d’une rhétorique outrée, agressive ou plaintive. Figure tragique par excellence, elle se fait l’illustration parfaite de l’éjaculation artaudienne. Elle déclare sa haine, se range délibérément du côté du mal, de la noirceur des ténèbres. Les mots s’enchaînent comme des coloratures exaltées et grinçantes. Elle chante la violence qui rend l’homme grandiose. Elle en veut aux bons, aux justes, aux honnêtes et raisonnables incapables selon elle d’éprouver de grands sentiments, en appelle à la guerre et à l’autodestruction, veut voir couler le sang à l’infini et tente de s’en repentir en trouvant réconfort en Dieu, dans l’amour et dans la beauté qu’elle nostalgise. Prophétesse hallucinée, son esprit rock et destroy fait trembler les pierres du Cloître. En pointant la proximité entre l’amour et la destruction, la mort et la luxure, elle nous laisse incrédules et médusés.

Au Cloître des Carmes © Christophe Raynaud de Lage


LAISSEZ UN COMMENTAIRE VIA FACEBOOK:

comments

Laissez un commentaire: