[Festival d'Avignon] 2666… et autant d’effets !

12 juillet 2016 Par Christophe Candoni | 0 commentaires

A partir du roman de Roberto Bolano, 2666, Julien Gosselin signe un feuilleton théâtral au long cours, sombre, dense et haletant mais qui finit par se perdre dans un trop plein d’effets appuyés. Donnée à la FabricA, l’ambitieuse odyssée annoncée bascule dans un vain exercice d’épate. Un gâchis. 

Fort du considérable succès au Festival d’Avignon des Particules Élémentaires d’après Houellebecq, Julien Gosselin cherchait un nouveau défi à relever. Quelque chose d’énorme. Il l’a inévitablement trouvé dans la somme littéraire restée inachevée du romancier chilien Roberto Bolano : plus de mille pages dont il propose une adaptation aux très larges dimensions, fidèle à la structure de l’œuvre découpée en 5 parties. Au fil des nombreuses péripéties du livre et d’un parcours géographique insensé, c’est tout un monde qui est convoqué sur le plateau.

On suit d’abord quatre universitaires partis à la fin des années 1990 sur les traces d’un mystérieux écrivain allemand, Benno von Arcimboldi, d’origine prussienne mais au patronyme italien. Célibataires voués à leur travail de recherche, ils se lient très intimement au point que les trois garçons, sentimentalement désenchantés pour des raisons diverses, désirent et se partagent la seule femme du groupe, une croqueuse d’hommes à l’envie, ce qui donne lieu à de belles scènes d’ébats délicats et d’états profondément mélancoliques.

Leur quête les mènera à Santa Teresa au Mexique. S’y trouvent aussi Amalfitano, fantasque professeur espagnol en proie à des hallucinations visuelles et auditives, installé, avec sa fille Rose, et un journaliste afro-américain pour couvrir un important match de boxe. Tous prennent de plein fouet la réalité terrifiante de la ville où plusieurs centaines de filles et de femmes sont enlevées, violées, assassinées et abandonnées dans le centre ou le désert à la périphérie. La police recherche plus ou moins activement le meurtrier. On plonge alors dans les luxueux hôtels et lofts comme dans les bas-fonds des restoroutes et discothèques de la ville. Le sexe, la moiteur et la violence s’y affichent sans complexe.

Julien Gosselin réalise un travail très habile et absolument maîtrisé sur le plan formel mais qui tombe vite dans la grandiloquence. Il emploie magistralement et à satiété l’image et le son, omniprésents, tonitruants, exténuants. Indéniable beauté jusqu’au tapage. Il pêche davantage sur la direction d’acteurs. Les comédiens sont bons même si parfois trop livrés à eux-mêmes dans d’interminables monologues. Ils parlent trop, ils crient trop. C’est dommage.

On reconnaîtra dans ce gros spectacle nombre de citations, d’emprunts à la scène internationale contemporaine : les salons chics et froids de Thomas Ostermeier et d’Ivo van Hove sans la finesse d’analyse dont font preuve les deux metteurs en scène, l’utilisation très castorfienne de la vidéo en direct pour filmer les acteurs confinés dans des endroits excavés ou hors champs sans la géniale flamboyance trash du Maître berlinois ; et d’autres constantes encore comme les boîtes vitrées de Warlikowski ou Kusej, les néons de Py et les lasers de Jolly, le jeu frontal et éructé de Nordey… On peine finalement à trouver ce qui fait la singularité du geste de Gosselin.

Entre fureur et désillusion, voilà douze heures de théâtre colossal qui assomment plus qu’elles n’emportent.

2666 © Christophe Raynaud de Lage


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