[Festival d’Automne] The Notebook : gémellité, dureté, austérité

1 décembre 2016 Par Christophe Candoni | 0 commentaires

C’est dans une forme réduite à sa plus simple expression que la compagnie anglaise Forced Entertainment adapte au Théâtre de la Bastille le beau et dérangeant roman d’Agota Kristof, Le Grand cahier.

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Paru en 1986, Le Grand cahier constitue le premier volet d’une trilogie complétée par son auteure avec La Preuve et Le Troisième mensonge. Dans ce conte initiatique au propos édifiant, à la fois monstrueux, passionnant et choquant, deux jeunes enfants dont le père est au front sont conduits à l’écart de la grande ville où la guerre éclate, chez leur grand-mère, une méchante femme qu’ils ne connaissent pas et que tous les villageois appellent « la sorcière ». La jeunesse naïve et innocente découvre alors la dure hostilité du monde.

Habillés à l’identique d’un costume gris et d’un pull grenat, Robin Arthur et Richard Lowdon sont les frères jumeaux de l’intrigue. Sur un plancher de bois clair, dans un dépouillement extrême, les acteurs trouveront comme seuls soutiens deux petites chaises et le livre qu’ils tiennent en main. Ils livrent une lecture impeccablement appliquée mais d’une désolante neutralité.

Alors que s’enchaînent les événements du récit, la forme théâtrale, quant à elle, reste profondément banale et immuable. La mise en situation et le jeu ne trouvent véritablement leur place dans l’absence de représentation proposée par Tim Etchells.

La force du propos de l’écrivaine hongroise ne peut que néanmoins demeurer. La découverte et l’apprentissage de la cruauté telle qu’elle est consignée par les enfants dans le grand cahier, la restitution quasi scolaire des faits volontairement dénués d’émotion et de jugement, témoignent de la violence sordide et totale du quotidien misérable et de l’endurcissement moral qui s’impose pour affronter une adversité qui confine à l’expérience du désespoir et de la déshumanisation.


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