En vl’a une drôle d’affaire : Nathalie Joly ressuscite Yvette Guilbert pour une masterclass bluffante

3 octobre 2013 Par
Yaël Hirsch
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La voix profonde et les gestes de Nathalie Joly, portés par les notes et l’humour de Jean-Pierre Gesbert sont le duo gagnant qui font revivre Yvette Guilbert, l’artiste internationale, doté d’un don pour mettre en mots, sons et gestes, les turpitudes et les travers des petites et des grandes personnes, tristesses, infidélité, alcoolisme et morphinomanie compris… Un spectacle humain où jeu et musique atteignent des sommets d’intensité et d’authenticité.

visuel-en-vla-une-drole-d-affaire-CMJNLa chanteuse de café-concert Yvette Guilbert (1865-1944) était l’une des icônes les plus célèbres de son époque et l’une des premières françaises à faire une carrière internationale : Proust lui a consacré son premier article et Freud est venu l’écouter à Paris. C’est sur cette dernière rencontre que Nathalie Joly avait concentré son premier spectacle dédié à la chanteuse réaliste, il y a trois ans. Succès sur toute la ligne. Qui lui a permis de recevoir, comme un cadeau du ciel, des documents inédits conservés chez une fan d’antan. Reprenant le répertoire qui a fait connaître Yvette Guilbert (« La pocharde », « L’éternel féminin », « Les pierreuses », « Parfois je m’embrouille’…) et organisant la succession des chansons comme une masterclass où la chanteuse partagerait avant tout sa ténacité, sa volonté inflexible de réussir, entre Paris et New-York où elle ouvre une école où elle nous livre des invitations à suivre ses cours: pantomime, manière de sortir du chant pour dire les mots importants ou de regarder son public de manière dramatique pour le capturer et le faire plonger dans chaque chanson. L’humour est bien sûr présent, quand la chanteuse se moque de la fameuse « scie d’atelier », rythme entêtant jusqu’à l’insupportable. Et l’érotisme est là, puisque, liane qui reprend la gestuelle hiératique de l’égérie de la belle époque mais en lui redonnant le feu de la vie, Nathalie Joly commence le spectacle en ombre lascive, cigarette à la main, derrière un paravent plus suggestif que toutes les nudités.

Incroyablement chanté et joué, mis en scène avec amour et efficacité, »En vl’a une drôle d’affaire » redonne vie à la fois à la gouaille et à l’art de Yvette Guilbert et laisse, à propos, la femme de côté, pour se concentrer sur la musique et le vocabulaire. A la suivre ainsi, de chanson en chanson, avec un minimum de transition pour constituer un fil narratif, dans l’explosion d’énergie qu’offre Nathalie Joly, on entend après elle Frehel, Barbara et même certaines chanteuses réalistes d’aujourd’hui comme Juliette ou la jeune Zaza Fournier. Et l’on se rend compte combien l’art populaire et complexe de Yvette Guilbert nous accompagne en fait encore tous les jours, sans qu’on l’eût vraiment su avant de faire un petit tour par le Lucernaire. « En vl’a une drôle d’affaire » est vraiment un spectacle d’exception et Toute la Culture est très fiere d’être partenaire et de vous permettre de gagner vos places pour les représentations des 10 et 15 octobre. Ne tardez pas trop et courez voir Nathalie Joly et Jean-Pierre Gesbert.

« En v’la une drôle d’affaire », avec Nathalie Joly, Jean-Pierre Gesbert, mise en scène : Jacques Verzier. Durée : 1h15. Du mardi au samedi à 21h30. Les dimanches à 17h.