« En attendant Godot », Un Exceptionnel Becket à l’Essaion

8 mai 2016 Par David Rofé-Sarfati | 0 commentaires

Au théâtre Essaïon, le metteur en scène Jean-Claude Sachot reprend « En Attendant Godot » deux ans après l’avoir créé au Théâtre du Nord-Ouest dans un projet de diptyque avec Fin de Partie.

Note de la rédaction :

A la tombée de la nuit, Vladimir et Estragon attendent un certain Godot sur un coin de campagne désert prés d’un arbre dégarni. Ils croiseront deux drôles de personnages, Pozzo et Lucky. Ils attendront sans jamais le rencontrer le mystérieux personnage durant les deux actes de la pièce. Savent-ils qui est-il ou si seulement il existe ? En attendant de le voir ou de répondre à ces deux questions, ils s’essayent à inventer toutes sortes de distractions pour passer le temps. Il y a de l’universel dans l’histoire de ces deux va-nu-pieds qui attendent celui qui viendra porteur d’une solution à leurs malheurs, un sauveur, god-ot.

Becket refusait le terme d’absurde, il croyait à la valeur réaliste, naturaliste de son œuvre. Récemment aux Bouffes du Nord, Jean-Pierre Vincent remplaçait l’absurde par le burlesque. Jean Claude Sachot remplace l’absurde par le décalé, par le parfois flamboyant faux-semblant d’une tristesse qui se sait radicale. La mélancolie cruelle et autodestructrice d’Estragon et de Vladimir va produire entre les deux frères de mauvaise fortune des fulgurances de gaieté et de sensualité. Paradoxalement, de l’amour va circuler.

D’habitude lorsqu’à la fin du premier acte un enfant apparait, il est par sa candeur comme une respiration dans l’atmosphère pesante de la pièce. Chez Sachot, l’enfant est une marionnette étrange, dérangeante, voire démoniaque. C’est une construction géniale et efficace (Marionnette: Nadine Delannoy) . Nous ne serons pas laissés tranquilles.
Cette proposition de lecture paradoxale exige une interprétation aiguisée. Philippe Catoire (Estragon) et Dominique Ratonnat (Vladimir) sont merveilleux; ils sont objectivement les créations les plus soignées des deux vagabonds de Beckett. Nous sommes saisis par eux dès le lever de rideau.
Jean-Jacques Nervest (Pozzo) pousse avec talent la proposition d’un Pozzo borderline. Vincent Viollette (Lucky) fait vivre avec justesse le personnage de « Lucky » dont la seule chance est d’avoir réussi à travailler du chapeau, à tomber dans une folie qui lui sert de refuge face à sa situation.

Paradoxe encore, il se joue dans la petite salle de l’Essaion un grand « En attendant Godot », exceptionnel en cela qu’il nous procure un immense moment de théâtre que Beckett lui-même aurait apprécié partager avec nous sans bouder son plaisir.


Crédits Photos ©Toby or not
De Samuel Beckett, mise en scène de Jean-Claude Sachot. Avec Philippe Catoire, Jean-Jacques Nervest, Dominique Ratonnat. Avec en alternance Guillaume Vant’hoff (en alternance), Vincent Violette (en alternance).

 


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