« Elvira, Elvire Jouvet 40 » avec Toni Servillo à L’Athénée

17 janvier 2017 Par
David Rofé-Sarfati
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Dans le cadre de son Festival Italien, le théâtre Athénée invite Toni Servillo pour une pièce que l’on croit un docu sur la classe Louis Jouvet alors qu’elle n’est pas moins que « la pièce » des pièces en cela qu’elle constitue la construction la plus aboutie et la plus condensée vers un plaisir de théâtre global, et plus loin vers autre chose de plus précieux encore.

 

Louis Jouvet fut un immense comédien et sa diction si particulière d’ancien bègue est dans toutes nos têtes. ll fut aussi un théoricien du théâtre et un professeur remarquable. Car il a eu la prescience de faire prendre en sténographie les cours qu’il donnait au Conservatoire et que Brigitte Jaques-Wajeman eu l’intuition d’en faire un texte de théâtre qui monté à l’Athénée entre 1986 et 1987 embrassa dans son succès prés de 20 000 spectateurs, nous avons cette chance de voir un autre monument du théâtre  Toni Servillo offrir une nouvelle voix au texte et rappeler la figure magistrale de Jouvet.

Un fond de scène noir, une estrade centrale peu apparente, à jardin un bureau discret et les premiers rangs de la corbeille organisés en fosse construisent un décor sobre et élégant. La première sensation, photographique, avant que Servillo ne prenne la parole est dans cette élégance sobre.
Et Toni Servillo va prendre la parole pour ne plus la rendre; il va  prendre la répétition en main et lentement effacer Jouvet tout en l’honorant. Petra Valentini, Claudia, par des microscopiques inflexions de son jeu rejouera l’annonce de Elvire à Dom Juan. Elvire déjà deux fois séduite vient, sacrifice ultime de son amour, sauver Dom Juan, sauver l’âme de celui qui s’est moqué d’elle.
L’intrigue ne tient qu’à cette reprise de la même tirade répétée prés de dix fois avec la presque même interprétation et dans ce presque là ce qui se produit au contact du maître Servillo/Jouvet. Nous assistons à une magnifique leçon de théâtre. Toni Servillo est charismatique, Petra Valentini envoûtante . L’élégance des jeux discrets de Francesco Marino (Dom Juan) et de Davide Cirri (Sganarelle) vient habiller un peu plus l’éblouissant enseignement.
Là où la parole du maître devrait être violente et la soumission de l’élève cruelle se cache comme un trésor, par l’immense talent de Toni Sevillo et le texte de Jouvet , une magie qui opère entre les deux êtres; le maître pratique une manipulation enveloppante, généreuse et oblative cependant que l’élève se place sur une pente vers une soumission certes mais, grâce au maître, à son propre désir de comédienne.
Circule entre les deux êtres le sentiment qui cherche par la répétition de la même scène à arrêter le temps, le sentiment qui fabrique l’essence même de la pièce et qui est l’amour. Car cette pièce virtuose parle de l’amour du théâtre et d’autre chose de plus précieux encore, de l’amour véritable et heureux qui croit pouvoir se moquer du temps alors qu’il est enchâssé hors champ au destin sombre de Elvire, à la prochaine rencontre funeste avec la statue du commandeur et au son des bottes de l’armée allemande au cœur de Paris,
Une pièce événement.

 

avec Toni Servillo (Louis Jouvet), Petra Valentini (Claudia/Elvira), Francesco Marino
(Octave/Don Giovanni), Davide Cirri (Léon/Sganarelle)
traduction Giuseppe Montesano
costumes Ortensia De Francesco
lumières Pasquale Mari
son Daghi Rondanini
assistante à la mise en scène Costanza Boccardi
production : Piccolo Teatro di Milano – Teatro d’Europa / Teatri Uniti di Napoli
coréalisation : Athénée Théâtre Louis-Jouvet