Elle est lui, être transgenre et venir de Roumanie

5 mai 2017 Par
Bénédicte Gattère
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« Elle est un bon garçon » est une pièce en forme de performance, autour du genre. Présentée au Tarmac ce mois de mai, elle donne à réfléchir sur les droits des transsexuels en Europe. L’histoire racontée sur scène est celle d’une douloureuse et longue lutte personnelle pour la reconnaissance.

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Sur scène, un seul homme, ou plutôt une seule femme : le personnage trans Rodica interprété par Florin Caracala est inspiré du documentaire « Rodica est un bon garçon » réalisés par les roumains Marian Ilea et Gheorghe Dinu. Avec cette pièce, on assiste à un récit de vie joyeusement chamboulé par des récits imbriqués, qu’ils appartiennent au registre personnel avec des témoignages vidéos de proches de Rodica ou au registre populaire tel le récit de La Petite sirène dans le texte d’Andersen, –un moment d’une rare intensité où le texte se dit l’écume aux lèvres, et s’entend en résonance avec les difficultés du parcours d’une personne trans, qui doit elle aussi se métamorphoser au prix de sacrifices inouïs.

Alors que ce type de récit est désormais fréquemment mis en scène, – on pense à MDLSX au Nouveau Théâtre de Montreuil –, la pièce d’Eugen Jebeleanu laisse par moments une impression de déjà-vu. En tant que spectateurs, nous pouvons parfois avoir le sentiment que le théâtre contemporain ne peut plus se penser en-dehors de certains passages obligés : participation du public, nudité, recours systématique aux accessoires-sémaphores, seul en scène où le comédien est aussi régisseur… Ici toutefois, la participation du public à remplir un questionnaire du magazine ELLE fait rire et donne lieu à une interaction complice avec le comédien. Cependant, l’échange s’arrête là et le sentiment d’assister à une suite de numéros attendus fatigue un peu. Le public est laissé seul ensuite avec le récit de vie audio de Rodica, que l’on entend difficilement à cause de la traduction simultanée. L’acteur enchaîne les jeux avec les accessoires genrés comme le rouge à lèvres, les talons ou le ballon de foot. Tandis qu’aux poules sur scène, on ne peut s’empêcher de penser à Rodrigo García, mais pas forcément à son meilleur, plutôt dans ses phases nébuleuses de Narcisse littéraire…

Mis à part cet aspect fragmentaire du spectacle et les quelques longueurs, cette pièce regorge de moments d’émotion vraie, en particulier lors des passages chantés. Elle permet également à tout public de se familiariser avec les problématiques rencontrées et en même temps soulevées par les personnes trans qui, coûte que coûte, parviennent à s’affirmer dans nos sociétés largement empreintes d’une vision binaire des genres.

Crédit photographique : ©Alina Usurelu

 


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