Ce qui demeure, Elise Chatauret donne des voix à la vieillesse

1 mars 2017 Par
Amelie Blaustein Niddam
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Elise Chatauret dont nous avions tant aimé Nous ne sommes pas seuls au monde en 2014, adapte pour l’espace de La Loge Ce qui demeure, un bijou bien ciselé sur la vie vue dans les yeux d’une jeune femme de 93 ans aux corps multiples. 

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« Bon, je les finis alors les carottes ! » Le jour se fait sur une cuisine figée, toile cirée et formica. On pourrait penser que c’est vintage mais non, c’est fixé dans le temps. Elle habite là depuis combien de temps ? La vie de Madeleine dont le prénom arrivera bien après nous est racontée par bribes, par l’intermédiaire des voix et des corps de la grande brune Solenne Keravis et de la petite blonde Justine Bachelet, toutes deux éblouissantes de talent.  Tout commence dans une cuisine, tout se passe toujours dans la cuisine, entre deux déclarations sur la façon dont les carottes ont été assaisonnées et la cuisson de la viande. Et entre, tout se passe. La dame raconte sa vie, 93 ans de vie, sa vie d’aujourd’hui, sa vie passée dans ses yeux d’aujourd’hui. La mémoire flanche, les années se mélangent. Il faut qu’elles soient au moins deux, deux jeunes femmes qui ne doivent pas avoir 60 ans à elles-deux pour dire 93 ans de vie.

Les souvenirs sont emmêlés comme ces photos qui vont envahir le plateau blanc qui prolonge la cuisine. Images de chasse, sculptures, mains en gros plan, armure… ces échantillons sont-ils la représentation de ce dont on se souvient à la fin ? Tout le spectacle nous montre que cette femme qui est une amie d’Elise Chatauret a tout au long de leurs entretiens préalables au spectacle parlé d’amour et de corps changeant. « Tout être vivant a besoin de poser sa tête sur une épaule », à tout âge pourrait-on ajouter.

Ce qui demeure est une parfaite réflexion sur la « différence entre ce qui se passe dans la tête et dans le corps ». Le fait d’incarner le discours de cette femme très âgée par d’autres, beaucoup plus jeunes est une idée fine, qui fonctionne car elle permet de circuler dans le temps en mêlant les époques.

Le résultat est parfait, d’une élégance folle, sans aucun mélo, sans aucune tristesse commandée. La force de cette pièce est justement d’être du côté de la vie. La direction quasiment chorégraphique d’Elise Chatauret apporte des subtilités et des détails sur les changements que la vieillesse fait à une démarche, sans jamais être incisive.

Visuel :© Hélène Harder


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