Ecran Total de Gilles Martin : Plein-phare sur la relation mère-fille.

28 mars 2016 Par Marianne Fougere | 0 commentaires

A la Maison des Métallos, Gilles Martin poursuit, après Future/No Future et No(s) Futurs, son exploration de la jeunesse. Mais en démultipliant les questionnements et les clés d’entrée, Ecran total risque de nous rendre complètement hermétiques à son propos.

 Note de la rédaction :

Dehors, tout brûle. Dedans, une mère angoissée attend sa fille. Dehors, la révolte gronde. Dedans, le remord et la culpabilité rongent une femme aux lourdes responsabilités. Dehors, tout vole en éclat. Dedans, deux personnes tentent de maintenir un semblant de contact.

Pas facile, en effet, de nouer un quelconque lien quand votre propre fille, une fois réapparue de son escapade nocturne, reste mutique à chacune de vos sollicitations, refuse de fournir la moindre explication à sa fugace fugue. Toute aussi obstinée que sa fille l’est dans son silence, la mère oppose à la colère contenue de l’adolescente, la résistance farouche des mots et des maux. Aussi, le face-à-face se transforme-t-il en un monologue, la mère interrogeant ses choix, ses contradictions, ses rêves. En creux de ce portrait de femme raisonnable certaine de ses certitudes, et pourtant si désemparée, se dessine celui d’un âge où la raison n’a précisément pas sa place. Tandis que s’effrite peu à peu la façade du conformisme social et s’effondrent un à un les repères de la certitude, surgit sous les feux révolutionnaires l’exigence intransigeante de la jeunesse. Si loin l’une de l’autre et pourtant si proches, la mère et la fille, bien qu’empruntant des chemins différents, sont plongées au cœur du même jeu d’équilibriste, l’une et l’autre aspirant à découvrir de nouveaux possibles.

Si les comédiennes rivalisent de talent et participent toutes deux à mener sur le fil cet étrange et fébrile discussion, l’interprétation toute en retenue de Pauline Masse est particulièrement remarquable. Jouant avec le seul appui de son visage et de ses attitudes, elle parvient à habiter le plateau d’une présence absente et à remplir son silence de toute une palette de nuances. Une belle illustration, donc, de la profondeur du silence, de la capacité de celui-ci à créer, malgré l’incompréhension et les déchirements, de la relation.

Quel dommage, ainsi, que d’avoir trahi ce vœu de silence. En effet, dès lors que la fille ouvre la bouche et que s’échappe la voix enregistrée de Pauline Masse, le charme du spectacle cesse d’opérer. Il est évident que Gilles Martin souhaite hisser son personnage à la hauteur d’une Antigone des temps modernes. Mais, n’est pas Sophocle qui veut. Les délires néo-bobos-écolos de la jeune fille ont de quoi rendre fasciste même le spectateur le plus attentionné possible et le plus réceptif à son message. Aussi, quand le dramaturge grec parvient à nous rendre sympathique son héroïne et à nous persuader de la justesse de son combat, le metteur en scène français au mieux nous arrache quelques soupirs d’agacement, au pire nous plonge dans un profond et tragique ennui.

Visuel : © Franz Laimé


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